Navigation en mer Baltique : de Copenhague à Kiel.

Dans la série des nombreuses escales techniques visant à améliorer le Nos Limites, celle à Copenhague restera dans nos mémoires. Quelle ville ! Céline n’appréciant en général pas du tout les espaces urbains sera bluffée par le civisme et l’organisation de la ville. Tout, absolument tout, est fait pour le vélo.

Journée caniculaire à 30°C : les cyclistes n’y tenant plus se jettent dans le canal central au milieu des péniches 🙂

Les pistes cyclables font partie de la chaussée, avec des doubles voies, des voies pour changer de direction, des feux tricolores spécifiques, etc. Le cycliste est roi et les vélos cargos transportant des familles entières fleurissent partout.

Nous avons parcouru minimum 20 km par jour, quadrillant tous les quartiers possibles et imaginables, allant de cafés en cafés, de musées en musées.

Les magnifiques canaux de Copenhague, splendides
Nyhaven, la photo la plus touristique du pays sans doute mais nous nous faisons un plaisir de la partager avec vous, lecteurs
Fabrice flânant dans les jardins du château, like a prince sur son destrier d’acier
Les jardins de Tivoli, le plus vieux parc d’attractions du monde. Bon, à 50 euros l’entrée, l’équipage a préféré renoncer. A ce prix là on peut acheter une dizaine de glaces ou une cinquantaine de boulons Inox A4-70 ! Il faut faire des choix dans la vie d’un plaisancier.

Climat et navigation en mer Baltique

Très méditerranéen comme climat : soleil tous les jours (nous sommes très chanceux sans doute), petits vents thermiques, ambiance détendue sur les pontons, nombreuses sorties à la journée de voiliers sportifs et élancés, tout de bois revêtus. Ici, il y a peu d’influence des courants (sauf dans le Sound entre Danemark et Suède), peu de marnage (20/30 cm ce n’est pas compliqué à gérer), peu de mer, mais souvent beaucoup de houle et elle se lève bien vite, et juste ce qu’il faut de vent pour avancer. On peut dire que c’est un plaisir de naviguer dans la zone même si, en hiver, le froid ne doit pas être tous les jours facile à gérer. Cela reste strictement côtier comme croisière, avec une veille plus qu’attentive étant donné le nombre de vaisseaux, cargos, ferry et multiples voiliers, lesquels n’ont d’ailleurs que peu souvent un AIS ! Ajoutons à cela, la faible profondeur de la mer puisque nous avions entre 8 et 20 mètres de fond maximum sur des miles et des miles, bien au large.

Sur la Baltique au coeur de Copenhague, il y a l’embarras du choix pour se déplacer sur le plan d’eau !

Et dans les ports ?

L’amarrage se fait le plus souvent avec des ducs d’albe, ces sortes de poteaux entre lesquels le Nos Limites doit se faufiler pour y attacher ses arrières avant d’avancer vers le ponton. Mais il y a un (petit) hic : notre bateau semble être bien volumineux pour ses poteaux qui semblent si désespérément fragiles. Dans notre premier port à Nivå, à 22h, juste à la tombée de la nuit, nous repérons plusieurs places tentantes. Premier contact, après un joli bump, notre bateau reste coincé entre deux poteaux. Qu’à cela ne tienne, nous tentons la deuxième : rebelotte. Rires de l’équipage et des équipages voisins. On nous fait remarquer que nous avons un « très gros bateau », ce que nous constatons bien malgré nous. Comme le capitaine Fabrice arrive en douceur, aucun souci pour se décoincer, et finalement, la place tant attendue est au rendez-vous.

Pour la petite histoire, le duc d’albe (ou dolphin en anglais, et là il faudra me dire où est la ressemblance avec un dauphin…) fait référence à Fernand Alvare de Tolède (espagnol) qui était gouverneur aux Pays Bas. Pendant la guerre (1568-1648) les marins s’amarraient à ces pieux (d’ailleurs fort utilisés déjà à Venise) en criant : Duc d’Alva ! en disant que c’était la nuque de ce duc espagnol qu’ils liaient, une sorte de vengeance contre ce gouverneur très répressif. Ce nom dériva vers le Duc D’Albe. Pour le dolphin, votre narratrice n’en a aucune idée, rires. La logique des Anglais parfois …

Et bien ce duc d’albe continue de torturer les plaisanciers, à commencer par l’équipage du Nos Limites !

Les fameux Ducs !

D’autre part, le système des marinas est intéressant, et suit la règle du « premier arrivé premier servi », ce qui motive à arriver tôt au port. De plus, les propriétaires des places qui partent, mettent sur la dite place un panneau rouge si ils reviennent, vert si la place est disponible dans les prochaines 24 heures. Au moins c’est clair, mais, imaginez nous à 22h, à la nuit tombante, Céline à l’avant du bateau, jumelles vissées sur le crâne à la recherche du carré vert, dans une place à la bonne largeur. Le temps de comprendre et de l’annoncer au capitaine et le Nos Limites est déjà lancé bien plus loin. Sportif, mais nous ne sommes pas les seuls dans cette recherche effrénée, toujours dans la bonne humeur et surtout avec l’aide des plaisanciers. Jamais nous n’avons touché une marina sans avoir l’aide des plaisanciers, ce qui est évidemment très agréable. Nous avons même eu la chance d’être invités à bord du voilier d’un couple de plaisanciers pour y déguster une fabuleuse salade Niçoise avec, en dessert, le rødgrød med fløde, une soupe glacée de fruits rouges lentement cuite, et servie avec de la crème fraîche, un pur délice. From Nice to Copenhague en un seul repas ? Quoi de plus symbolique ? Magnifique.

Port de Kastrup au Sud de Copenhague : bien plus calme que le centre mais à seulement 15 min de vélo 🙂

Est-il seulement besoin de mentionner la propreté et la modernité des sanitaires et autres équipements ? Notre patrie fait parfois pâle figure en comparaison. La seule chose marquante est l’absence quasi systématique d’un système de recyclage correct dans les ports. Autant les Scandinaves sont exemplaires en la matière et les six poubelles différentes vues devant leurs maisons le prouvent, autant dans les marinas vous avez « verre  » et « reste ». Bien dommage pour nous qui trions même les biodéchets. Ils doivent se dire que les plaisanciers font n’importe quoi mais ce n’est pas vrai, au contraire !

Musée National du Danemark

Quoi de mieux pour découvrir l’histoire d’un pays d’aller au musée. Ce musée est une sorte de « Louvre » du Danemark où vous avez le plaisir de naviguer de salle en salle, chacune montrant les merveilles de différents pays. Nous y avons découvert le Commerce du Danemark avec la Chine, le Japon, les îles du Pacifique, etc…Des milliers d’objets et quelques-uns en particulier qui sont emblématiques du pays : les bijoux vikings. Nous avons appris que les particuliers n’avaient pas le droit de garder des artefacts trouvés dans leur propriété et qu’il était de leur devoir de les remettre au musée (mais on paye ces citoyens en guise de dédommagement, ce qui incite donc à être vertueux). Nous rions en imaginant la même chose en France : la police viendrait à la maison nous prendre les objets, évidemment sans payer qui que ce soit. Peut être même que le déplacement serait facturé et les bijoux soumis à imposition ! Rires.

Toujours est-il que cette visite a été longue et plaisante. Les bijoux vikings en or sont un chef d’œuvre d’orfèvrerie tant les ouvrages sont fins, ciselés à la manière de dentelles et de broderies. Belle prouesse pour l’époque.

Superbes broches et joncs vikings.

La musée est également détenteur de collections Inuit : vêtements, armes, bijoux, et même un magnifique string en cuir devant lequel Fabrice restera scotché (et il n’est pas le seul), preuve que l’érotisme, universel, ne dépend pas du climat :).

Parce qu’on ne peut pas mentionner ce string et ne pas le montrer, image uniquement pour un public averti, attention. 🙂

Faisons à présent un bref aparté philosophique : parlons de minimalisme. Nous avons appris dans cette exposition que, parmi certaines ethnies, chez les Pamir en Europe de l’Est notamment, les femmes arboraient des parures de bijoux très impressionnantes durant leur vie de jeune mariée -d’abord pour se protéger mais également pour apporter la fertilité – puis qu’elles s’en débarrassaient petit à petit l’âge venant. Drôle de pensée sachant qu’en Occident, l’humain standard a tendance à amasser plus qu’il n’en faut au cours de sa vie, ici c’est l’inverse :). Et ce n’est pas le capitaine Fabrice et ses 200 kg d’outils à bord qui va vous dire le contraire ! Rires.

Petite note artistique à la sortie du Musée National, remarquez la poésie du geste 🙂

La statue de la petite sirène

Figure emblématique de la ville et probablement du pays, il était impensable -que dis-je- inimaginable que nous n’allions pas contempler la dite statue. Après avoir gambadé pendant un bon moment avec google maps dans un quartier plutôt peu fréquenté et au nord du port central, nos sens en alerte nous dirigent vers un petit attroupement près des berges. La petite sirène est là : 1m25 (une petite nana mais quel charisme !), presque invisible et entourée d’un décor plutôt industriel avec vue sur les cheminées d’usines… Fabrice semblait déçu mais nous avons notre photo favorite : celle de touristes photographiant l’attraction, comme une case à cocher dans les guides petit futé. Mais en tant que bon touristes nous aussi, nous aurons l’honnêteté de montrer la scène globale et de ne pas faire croire aux gens que nous étions seuls au monde à en profiter.

Photo deS SirèneS de Copenhague

D’ailleurs, cher(e) lecteur (trice), la petite sirène n’est pas une superbe histoire d’amour; c’est à la fois tragique et sordide et ça vaccine de toute envie de relation amoureuse (à l’inverse des strings en cuir). En réalité, la pauvre fille se transforme en humaine pour plaire à son prince, qui, finalement, en choisit une autre. Alors, la sirène esseulée et désespérée, se suicide en se jetant dans l’océan, et son coeur se transforme alors en écume. Ajoutez à cela que la sorcière des mers n’enferme pas sa voix dans un coquillage, elle lui coupe carrément la langue…et que chacun de ses pas est affreusement douloureux. On ne change pas sa nature si facilement. Andersen et tous les auteurs de contes n’étaient pas que douceur et délicatesse. Prenons donc pitié de cette pauvre statue qui subit pour l’éternité les flashs de touristes voués à l’immortaliser.

Christiania

Il s’agit d’un quartier libre autogéré, créé dans les années 1970 par des hippies qui se sont appropriés une zone militaire désaffectée et le résultat est superbe : maisons de bric et de broc au bord de la rivière et bordées de salicaires et de reine-des-prés, larges façades recouvertes de fleurs et de fresques et surtout une absence totale de voitures, qui n’y sont pas autorisées.

Ils y aura de rares moments dans une vie où le piéton et le cycliste auront cette tranquillité et ce silence dû à l’absence de voitures et c’est ici même que cela se passe. Nous y avons dégusté la soupe du jour qui, pour une poignée de couronnes danoises, nourrit un homme pendant 24 heures et avons flâné dans ses ruelles atypiques bordées par un très joli bois.

On s’y sentirait presque comme en Guyane, surtout avec le thermomètre frôlant les 30°C ce jour-là, tant la nature et la simplicité font partie de l’atmosphère. Mais ne vous y trompez pas, il reste une attraction touristique et nombreux sont les Air BNBistes à s’y rendre, valises à roulettes claquant désespérément sur les pavés.

Améliorations du Sharki

Mais alors il faut bien bosser un peu ! L’équipage s’est mis en tête d’installer une ancre de poupe avec davier assorti afin de profiter des mouillages scandinaves comme il se doit. Mais, ami lecteur (trice) tu te doutes que nous n’avions pas toutes les vis, écrous, plaques de renfort, contre-plaques, etc….Nous voilà donc à parcourir tout Copenhague, y compris la zone industrielle (accessible en vélo, en France tu peux rêver) pour trouver ces trésors tant convoités. 20km par-ci, 15 km par là, un tour chez le shipchandler qui n’a pas les rondelles…encore 7 km. Rires. Nous avons fait les courses avec la plus faible empreinte carbone du monde, nos courbatures aux jambes en sont témoins.

Escapade dans le quartier des abattoirs pour trouver les derniers équipements (l’oeil averti remarquera les planches en PEHD dans le panier du capitaine)

A cela s’ajoute l’étanchéité des hublots de la cabine arrière (peinture du plexiglass à la bombe pour cacher la colle silicone, dégraissage, nettoyage et tout ce que vous pouvez imaginer). Evidemment, il fallait trouver un magasin spécialisé en peinture plastique. L’histoire sans fin vous la connaissez ?

Réfection complète de l’étanchéité des panneaux latéraux !

Tout est bien qui finit bien: nous pouvons maintenant affronter la pluie avec sérénité.

Nous poursuivons la route vers Kiel, puis son fameux canal avant notre retour en France.

Kiel

Premier pas en Allemagne, dans un Fjord de la mer Baltique, Kiel est une ville tout en longueur, très calme mais culturellement variée. Les habitants sont encore une fois très accueillants et il est temps de renouer avec les souvenirs de la langue Allemande du lycée. Rien ne se perd !

Le Nos Limites a survécu aux Ducs d’Albe

La culture de la voile est également très présente ici, avec un plan d’eau plus que fréquenté, avec cette fois-ci une concentration énorme de cargos qui attendent leur passage dans le canal de Kiel.

Nous réutilisons l’Euro pour la première fois depuis plusieurs mois et surtout nous redécouvrons les ports avec une présence humaine, un vrai harbour master qui enregistre les plaisanciers, prend les paiements, etc…En Norvège, Suède et Danemark, c’était plutôt un self service avec paiement en ligne ou à la machine.

Et qu’en est-il du vélo ? Autant vous le dire tout de suite, l’atterrissage est brutal dans l’Europe « du Sud » : les pistes cyclables se terminent dans la voie bus, les scooters roulent sur les pistes…Bref, il y a un immense fossé entre la Scandinavie et le reste du Monde. Il est certain que la ville n’est pas « mignonne » (ni très propre d’ailleurs); ainsi nous restons bien sages dans le quartier du port à rayonner autour du bateau. Elle reste une grande ville cependant et nous y trouvons tous ce dont peut rêver un plaisancier, à savoir : un glacier, un vendeur de gaufres et un shipchandler !

Musée Maritime de Kiel

Fabrice : Ah tiens regarde ce bateau, un Maxi, je ne connais pas cette marque, regardons les photos de l’intérieur sur internet…

Céline : C’est le vingtième bateau devant lequel on s’arrête… J’en ai marre des bateaux, allons voir le musée maritime :).

Et c’est ainsi que les deux compères se dirigent vers un petit musée gratuit sur l’histoire de Kiel et plus largement de l’Allemagne côté Baltique. Nous y avons appris plein de nouvelles choses :

  • Kiel a appartenu au Danemark pendant quelques siècles.
  • Le compas gyroscopique, qui a révolutionné la navigation a été inventé à Kiel par Anschütz (bon, Einstein l’a aidé un peu quand même) en 1907. Ainsi, aucun problème avec le Nord magnétique, puisque ce type de compas montre le Nord terrestre et a donc permis de fabriquer d’énormes cuirassés et autres mastodontes des mers, chose auparavant impossible puisque ce pauvre compas magnétique de base est perturbé par le métal !
  • Avec l’aide du compas gyroscopique, un américain invente le pilote automatique en 1920, il faut voir la taille du monstre…
Fabrice a côté du premier pilote automatique (je l’ai mis à côté pour l’échelle 🙂 )

  • Après la deuxième guerre mondiale, et les bombardements alliés, Kiel était un immense cimetière de bateaux, il a fallu des années pour déblayer la zone. La ville était en effet, la base navale principale allemande et surtout celle de ses fameux sous marins.
Un sous marin récupéré en creusant le quai des ferrys. Celui-ci était fait pour deux hommes uniquement, il sillonnait la manche et avait une unique torpille. Cette carcasse de métal était une horreur absolue, sans sanitaires ni confort et devenait malheureusement souvent leur cercueil. Horrible guerre.

Et pour finir sur une touche optimiste, nous avons découvert qu’en Novembre 1918 s’est déroulée une mutinerie chez les marins Allemands, qui ont refusé de se battre lors d’une dernière bataille désespérée et vouée à l’échec lancée 2 jours avant l’Armistice contre les Anglais pour « restaurer l’honneur ». Les soldats exigent la paix, la manifestation fait tâche d’huile, les bateaux arborent le pavillon rouge révolutionnaire et l’empereur finit par abdiquer, ouvrant la voie à une République et même aux négociation de paix.

Bravo à ces soldats qui, au lieu de voler des vies ont peut être permis d’en sauver beaucoup d’autres et un bel exemple pour la Démocratie.

Notre navire doit à présent emprunter ce fameux canal de Kiel (apparemment le plus densément fréquenté du monde !)

Suite au prochain épisode :).

Notre périple, passant par le Sound (le détroit entre le Danemark et la Suède). Trois pays en si peu de temps !

Une réponse à « Navigation en mer Baltique : de Copenhague à Kiel. »

  1. merci !

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