Derniers jours en Norvège (Céline voulait y rester toute sa vie mais on ne peut pas tout avoir)
Nous avons eu la chance d’avoir une superbe météo pendant un mois mais déjà la fin de l’été pointe le bout de son nez, et les dépressions se succèdent vers Bergen alors que nous franchissons la frontière. Juin semble avoir été le mois parfait pour la région. Après quatre semaines de navigation le long de la côte norvégienne où la nuit n’est quasiment jamais tombée, de Bergen à Risør, nous avons sauté le pas et traversé le fameux Skagerrak, un jour de « near gale », presque « coup de vent ». Autant vous dire que le « presque » a son importance. Courte traversée, mais intense. Heureusement que nous avions la houle dans le dos !

Il n’en fallait pas moins pour avancer vaillamment avec le Nos Limites dans 20 à 25 noeuds, avec une mer du Nord qui se lève aussi vite que la Méditerranée (encore celle-là, on compare beaucoup et elle est aussi casse pied ou casse bateau). Notre dernière escale en Norvège devait être justement Risør (prononcez Rizeur), une ville pittoresque de l’est Norvégien située dans le triangle d’or, mais voilà : si vous n’êtes pas au port à 10h du matin, adieu tout espoir d’avoir une place en haute saison. D’abord frustrés de ne pas avoir pu profiter de l’ultime escale citadine, le navire se dirige dans le Sandnesfjorden, un petit fjord entouré de forêts, long de 10 kilomètres. Et là, surprise : de multiples cachettes se dissimulent parmi les collines, et certains mouillages disposent d’une entrée très étroite, révélant un petit lac évoquant ceux des montagnes, bordés d’une magnifique forêt de pins et remplis de cygnes et d’oies cendrées.



Ravis de cette dernière escale, nous fêtons dignement notre départ avec un plat de saumon norvégien (accompagné d’une coupe de Champagne bien français) avant notre départ pour le lendemain, avec un lever à 5h et un départ à 6 heures du matin.


La traversée jusqu’à la Suède sera tonique mais pas épuisante, et nous filons 8 noeuds grâce aux courants et au vent qui nous accompagnent. L’arrivée sera fracassante, car nous voguons avec du Sud Ouest, et les vagues se brisent violemment sur la côte à l’arrivée dans les archipels. Le fond remonte brutalement de 300m à 50mètres, assez pour nous secouer tout le long du chenal où, évidemment, un énorme cargo sort au même instant. Heureusement, le talent du barreur aura raison de la mer et notre premier contact avec la Suède sera l’île de Stora Kornö.
Découverte de la Suède
Stora Kornö se trouve très près de Lysekil, notre objectif, et c’est très paisible. Ici, il n’y a ni restaurants, ni boutiques touristiques, ni yachts de luxe. On y trouve de vieilles maisons parfaitement entretenues, des cabanes de pêcheur, quelques moutons… Un havre de paix.

Stora Kornö est considéré comme le port de pêche le mieux conservé de Suède. Il n’y a plus d’habitants permanents, mais les descendants des pêcheurs utilisent les maisons comme résidences d’été et en prennent bien soin. Ici on mouille à la scandinave, ancre de poupe et attache sur la rocaille à l’étrave. Nous serons donc l’attraction du mouillage car, avec notre pavillon français, et notre grosse ancre de 25 kg, nous mouillons en plein milieu de la baie, pas très locale comme approche mais nous n’avons malheureusement pas d’ancre de poupe, et on peut dire qu’elle nous aura manqué celle -là.

Lysekil
La cambuse étant vide à souhait, il était grand temps de faire une escale en pleine civilisation. Quel contraste avec la Norvège ! Déjà le pays comporte 10 millions d’habitants (contre 4 millions en Norvège) et surtout, les gens sont assez cordiaux. Nous nous étions habitués à ne pas être salués du tout par les Norvégiens en navigation, ni au port d’ailleurs, et nos maigres échanges avec d’autres plaisanciers se résumaient à des français, des allemands et encore des français. Pas causants du tout les Norvégiens… Rires.

En plein avitaillement, nous nous rendons compte de la difficulté à trouver ce put*** de gaz pour cuisiner. En Norvège, il y a les bouteilles norvégiennes (impossibles à échanger hors de la Norvège), en Suède il y a des bouteilles Suédoises (impossibles à échanger hors de la Suède)…nous décidons d’économiser au maximum le gaz et d’utiliser notre petit four solaire dans l’attente du Danemark (qui, à priori, vend des authentiques Camping Gaz). Dans un souci d’économie, nous voilà au mouillage à allumer le groupe électrogène pour faire cuire le riz dans le cuiseur à riz électrique. Pas très écolo, mais c’est la crise !
En Suède, l’équipage a été frappé par le nombre de voiliers, sortis toutes voiles dehors dans le temps assez établi, et le peu de bateaux à moteurs. Nous constatons d’ailleurs que quasiment toutes les vedettes à moteur ont un pavillon norvégien, les suédois sont des voileux dans l’âme. Certains nous salueront même en français :).

D’ailleurs Fabrice a apprécié la présence des écoles de voile sur les quais, ainsi que les nombreux optimistes, chose absolument absente précédemment. La culture nautique n’est pas la même. Là où le bateau est un simple véhicule, il devient un lieu de vie une frontière plus loin. La seule chose qui a manqué à l’équipage, ce sont les micro mouillages protégés comme des lacs, sans une once de risée à la surface de l’eau quand la houle était intenable à l’extérieur. Il va falloir faire le deuil de ces canaux naturels mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a enfin du vent pour avancer !
La ville de Lysekil est assez peuplée, et certainement davantage en plein été, elle dispose de deux ports Nord et Sud.

Le Nord est plus tranquille, sans fioritures, sans magasins pour le shopping mais cependant très propre. Le Sud c’est le Sud : bling bling, magasins, vente de bouées géantes, glaciers, gros bateaux à moteurs, etc. Vous devinez déjà dans quelle darse s’est calé le Nos Limites sans doute ? Le port du Nord est le premier port historique de la ville qui a d’abord été Norvégienne puis Suédoise à partir de 1658, et était un très grand port de pêche au hareng. Aujourd’hui on y trouve une immense raffinerie, la pêche au pétrole est donc plus lucrative de nos jours.

On trouve des shipchandlers en Suède également, bien achalandés qui plus est, et à proximité des ports, cela faisait longtemps. Le temps d’explorer la ville, d’aller tester un restaurant le soir, et de profiter de la vue sublime sur l’église et nous reprenons la route. Le granit rouge dont est faite l’église est sublimé par les derniers éclats du soleil couchant. Elle domine la ville et la mer qu’elle surplombe.

Nous avons eu également la surprise de voir un immense voilier, une église flottante, diffusant des chants religieux avec une puissance sonore digne d’un concert de Johnny Hallyday à 100 mètres du port. Après quelques râleries de l’équipage qui aspirait au calme, le bruit des applaudissements de l’ensemble des plaisanciers locaux nous incite à la discrétion. La pratique religieuse ne s’est pas perdue ici. Ce voilier fait d’ailleurs des croisières jusqu’aux Canaries, nous aurons peut-être la « chance » de les recroiser dans d’autres mouillages. Qui sait ?


Quelques mouillages plus tard et une bonne traversée du Kattegat, et nous voici au Danemark.
Le Danemark

Ici, on passe du pavillon de courtoisie suédois au danois en moins de 4 km; on peut dire que la frontière est proche, il ne faut pas froisser les égos. Plus nous descendons vers le Sud, plus la culture de la voile est prégnante. Nous avons affaire à des puristes, messieurs-dames les lecteurs(trices) : 3 noeuds de vent et le skipper ne lâche rien ! Toutes voiles dehors, le navire va également à 3 noeuds mais qu’importe, hors de question d’allumer le moteur. Nous nous prenons même au jeu; là où en Méditerranée nous allumions le moteur rapidement, ici nous affalons le génois, laissons le spi au maximum…Il y a des limites quand même (nos limites) parce qu’à partir de 5 noeuds de vent, il est impossible de traîner les 10 tonnes de fibre de notre fidèle vaisseau et c’est là que le Perkins entre en jeu !
Le petit port de Nivå (prononcez Niivo) sera notre première escale, une merveilleuse escale d’ailleurs. C’est un port de plaisance avec une forte empreinte de yacht club. Encore davantage de passionnés de voile ici : le genre à changer de place pour être face au vent et hisser ses voiles à 21h et être prêt pour la régate du lendemain.

En tout cas, tout ici respire l’art de vivre à la danoise : barbecues à gaz gratuits pour plaisanciers et camping cars, tables de camping sur les pontons du port (bondés à l’heure du dîner sous 25 noeuds de vent), cafés remplis de sable pour prendre le petit déjeuner les pieds dans le sable !

Les Danois sont extrêmement avenants et souriants, quoique réservés. Quelques faits sympas sur le Danemark :
- LEGO est originaire du Danemark et les briques font partie intégrante de l’enfance de tous les Danois. Le nom est une abréviation des mots danois pour jeu et bien-être – leg et godt. Il est devenu l’une des marques de jouets les plus puissantes au monde.
- Il y a une vie sociale intense. Chose fabuleuse : les gens sourient (en Norvège c’est assez exceptionnel), parlent et sont avenants et curieux. On en rajoute des tonnes mais nous avons l’impression de revenir à la civilisation.
- Les universités sont gratuites, les soins médicaux sont gratuits, la garde d’enfants est subventionnée, il y a une forte entraide et une solidarité intergénérationnelle.
- Ils sont heureux de payer des impôts (vous avez bien lu). Mais c’est peut être parce que la vie ici est douce, et que les services publics sont au rendez-vous. En tout cas, tout ici respire le calme, la détente et la douceur de vivre.
Elseneur (Helsingør en Danois)
LA ville de Hamlet. On y trouve un magnifique château à quelques mètres de la frontière Suédoise qui a inspiré l’histoire d’Hamlet à notre bon vieux Shakespeare (enfin…celui des anglais dirons-nous). La légende veut que les fêtes étaient si fastueuses que la musique résonnait dans toute la baie et qu’à chaque fois que le roi trinquait pour quelque chose on tirait des coups de canons (qui endommageaient parfois le chateau…). Bref, ce point était aussi un lieu de passage des bateaux de commerce qui y payaient un péage (même les bateaux français !), ce qui a contribué à enrichir nettement le royaume danois pendant 400 ans. Une visite plus tard, nous sommes conquis : cette batisse est posée sur le sable, parfaitement entretenue et la vue y est incroyable. La ville elle-même est bondée, puisque connue, mais on y trouve des petits cafés très tranquilles dès lors que l’on quitte l’artère principale.

Au Danemark, le café est excellent. Cela change du café à la cafetière de Norvège. Un véritable expresso servi dans les règles sera chaque fois un délice pour le capitaine, qui sera prêt à parcourir des kilomètres avec sa camping gaz pleine dans le sac à dos, les anses lui brisant les épaules, pour trouver LE café parfait à 3 euros (et non plus 5 euros). Plus on descend, moins c’est cher, alléluia. La culture de l’alcool au Danemark est très différente de la Suède et de la Norvège : ici les bouteilles s’affichent ostensiblement en pleine rue, on en fait la publicité, on en boit à toute heure (attention je n’ai pas dit que c’était bien de boire à toute heure :)), et le prix est « humain ». En Norvège, les prix de l’alcool ne sont pas écrits sur les cartes (à 15 euros la pinte tu m’étonnes qu’ils aient honte de l’écrire), et son achat n’est possible que dans des magasins gérés par l’Etat. Sacrée différence.



Notre prochaine étape sera Copenhague, la ville de la petite sirène. Nous décidons de profiter du Danemark pour une courte escale technique avant notre future transat de l’automne. Ce pays est décidemment un coup de coeur.

Laisser un commentaire