Stavanger
Après Haugesund, Stavanger étant la plus grande cité de la région Sud Ouest, il était impensable de ne pas l’explorer. Le besoin de plus en plus pressant du capitaine de voir la foule (mais surtout d’un petit café en terrasse) a eu raison de l’envie de silence et de solitude de l’équipière asociale. Rires. C’est qu’on s’y habitue vite au calme !

La zone est charmante, pavée de pierres blanches et très animée. Signe que le tourisme bat son plein : des magnets à coller sur les frigos, des souvenirs « authentiques vikings », des tonnes de cafés et de glaciers.

Des paquebots de croisière de 4000 personnes arrivent chaque jour dans le vieux port et débarquent une foule de voyageurs venus profiter de la fraîcheur du nord (le mot fraîcheur n’est pas de trop puisque, cher(e) lecteur(trice), notre petit chauffage a connu quelques heures de gloire au port en juillet). Mais, le soir venu, la place se vide et le calme revient. La première nuit nous avons exploré la ville et nous n’y avons trouvé personne, réellement personne, une scène digne d’une apocalypse. Puis, nous avons compris pourquoi : un énorme concert de musique Country (influence américaine ?), le genre de country bien ringard de la bonne vieille campagne du Texas, vous voyez l’ambiance ? En première partie du Abba : restons scandinaves ! Voir des descendants de Vikings en chapeaux de cowboys et santiags associées à des shorts à paillettes, ça rend joyeux. 🙂
A peine l’amarre à terre, nos yeux se posent sur un musée atypique : le musée du pétrole Norvégien, qui, à priori, est à visiter absolument.


D’abord dubitatifs, nous en profitons en profanes et découvrons un monde insoupçonné. Avant toute chose, notons que la Norvège n’est pas un pays de nouveaux riches, parvenus, tombés par hasard sur des nappes entières de pétrole. Ils disposaient d’une économie bien solide basée sur la pêche, l’industrie et l’hydroélectricité. Disons que la découverte du pétrole fin 1960’s a été a été l’apothéose et que, contrairement à un Etat ou un roi qui aurait dépensé la totalité de cette manne sans jamais épargner (comme aurait pu le faire le nôtre…), la Norvège a crée un fonds souverain d’investissements, qui permet à chaque Norvégien de disposer d’excellents services publics, de prêts étudiants à des taux inédits, d’un système de soins accessible à tous, etc… Bref, on peut dire qu’il ont été malins et c’est très bien pour eux.

Lorsqu’ils ont découvert Ekofisk, le premier spot (probablement avec l’aide des Américains), nos amis les Norvégiens sont tombés sur la poule aux oeufs d’or. Dans la langage pétrolier, un éléphant désigne un volume d’environ 500 millions de barils (155 L le baril tout de même). Ekofisk représentait 10 éléphants : ahurissant et surtout la promesse d’un avenir facile. L’éléphant aux oeufs d’or me glisse à l’oreille le capitaine ! Mais voilà : les premiers accidents liés à la sécurité sont arrivés et les décès associés dont un accident particulièrement dramatique : un chavirage pur et simple d’une plateforme toute entière à cause d’une soudure massacrée par la houle, causant la mort de 120 personnes en pleine tempête en mer du Nord. Le bureau d’enquêtes avait conclu que la faiblesse venait d’une soudure, réalisée par une société de Dunkerque, avec la plaque de la société bien mise en évidence.


Pour avoir testé la mer du Nord en été (et sans tempête) l’équipage du Nos Limites n’ose imaginer le traumatisme de ces travailleurs, avec en prime un mer à 6°C…Suite à cela, le norvégien est devenu la langue officielle des plateformes (et non plus l’anglais) pour des raisons de sécurité et peut être également de regain de souveraineté sur l’ingérence Américaine. 🙂 Toute la société que nous avons le plaisir de découvrir aujourd’hui en tant que plaisanciers, a été fondée sur l’argent lié au pétrole. C’est le fameux paradoxe norvégien : l’argent coule à flot, mais il provient d’une industrie polluante et destructrice pour l’environnement, mais pas dans leur pays. Et ceux qui pensent qu’ils sont écolos se trompent lourdement : gros bateaux à moteurs, peu de recyclage des déchets, des locaux qui jettent leurs mégots en pleine rue sans vergogne…Etonnant même si ce n’est pas une généralité. Apparemment, ce laxisme est surtout le fait des ports de plaisance mais les ports sont une porte d’entrée culturelle aussi, alors pourquoi donner une image si noire aux étrangers ? Par contre le taux de criminalité et de violence y est extrêmement bas comparé à notre vieille France, ce qui permet de ratisser les rues de la ville à toute heure sans jamais nous sentir ni menacés ni importunés. La distance physique et morale des locaux est permanente (NB : certains locaux sont venus nous parler une fois ou deux, nous commençons à comprendre les codes).
Une mini traversée à la voile, enfin du vent !
A peine quitté le fjord de Stavanger, nous aurons la chance de dérouler le génois. Les vents du nord de l’été sont établis et ils sont largement suffisants pour le sharki. En 3 semaines, le pauvre enrouleur n’a heureusement pas eu le temps de se bloquer (souvenez-vous : pas de vent du tout dans ces fjords !), pourtant nous l’avons longuement dédaigné. Nous voici (quasiment) toutes voiles dehors par 30 nœuds de portant, avec une mer du Nord apprivoisable et une houle de 1m50 dans le dos. Après avoir longé la côté sud ouest et slalomé entre les récifs, protégés de la houle du large, nous sommes descendus au Jaeren, une côte longue de sable blanc, sans aucun abri du large jusqu’à Egersund. Ami navigateur, si tu lis ces lignes, sache que cette zone n’est vraiment pas protégée du tout, et qu’en cas de fort vent d’ouest (assez fréquent), et avec un fabuleux courant dominant d’EST, tu peux passer un très mauvais moment dans le coin. Prudence.
Nous avons filé parfois jusqu’à 10 nœuds en surfant, du plaisir, encore du plaisir. Mais le délice suprême reste toujours l’arrivée dans des mouillages dignes d’un rêve, sans une ondulation, au cœur d’un massif rocheux quand la houle dehors écume de rage sur les rocs.

L’équipage a vu de près le phare d’Eigerøy (y compris en randonnée le lendemain), le premier phare en fonte de Norvège qui date de 1854.

Agréable promenade à travers champs que celle-là jusqu’au phare. Mais un détail a retenu notre attention. En effet, une centaine de miles plus au Nord nous avions traversé un champs cloturé avec une pancarte où il était écrit Lukk Grinda, joliment gravé sur la barrière, sur une jolie plaque de sapin finement pyrogravée. So kitsch !
Fabrice : Lukk et Grinda, ce doivent être les propriétaires de la ferme. Sympa, ils ont fait graver leurs noms dessus, c’est charmant.
Et aujourd’hui sur une barrière à des kilomètres de là: Lukk Grinda… Etrange. Mais cette fois, le traducteur en poche, nous tapotons sur google Lukk et Grinda.
Traduction : « Fermez la barrière »….Pour le côté poétique on passera.
Fou rire de deux français devant une barrière, sous l’incompréhension totale des locaux. Nous n’avons donc jamais vu la ferme de Lukk et Grinda ! Rires.

Le hameau de Korshamn
Sans idée ferme de la destination souhaitée (comme d’habitude), notre navire virevolte entre les écueils, plongeant dans les terres à la recherche d’un abri pour la nuit. Nous traversons le micro village de Korshamn (la ville de la croix en Norvégien, parce qu’apparemment, une immense croix à l’époque permettait aux navigateurs de la repérer) qui est un abri fabuleux.

Zéro houle, une traversée entière du hameau via un petit canal à 4 mètres de fond. Evidemment le ponton communal de 4 places était saturé mais vos serviteurs ont débusqué un mouillage rocheux totalement protégé, à quelques mètres seulement de la ville. Seuls au monde, telle est l’impression que nous avions et pourtant, 3 minutes d’annexe plus tard, nous voici au pub local dégustant un hamburger norvégien.

Une note s’impose à ce stade du récit : si l’aventurier français trouve quelque chose à redire à la gastronomie anglaise, nous lui déconseillons formellement de manger dans des restaurants norvégiens « sur le pouce ».
Nous nous sommes essayés au mouillage à la scandinave, nous avions deux heures à tuer, et des essais à faire avec l’amarre de 100 mètres. On s’occupe en mer !


Mandal
Charmante ville posée sur une rivière, Mandal est la ville balnéaire à la mode. On y croise essentiellement des Norvégiens qui viennent se ressourcer en famille. Lorsqu’en France un port est souvent un simple lieu de stockage du voilier en attendant d’aller au restaurant ou de rejoindre une autre escale, ici il est un lieu de villégiature à part entière. Les gens se douchent sur les pontons, y installent leurs barbecues à gaz, se pavanent en fauteuils directement sur le quai; ceci serait impensable en France où un « agent du port » viendrait nous signaler que le feu est interdit, que la sécheresse interdit l’utilisation de l’eau la journée ou que le ponton n’est pas un lieu de détente et que votre fauteuil peut altérer la sécurité du lieu. Sans parler des enfants qui s’ébattent joyeusement dans l’eau du port ou qui pêchent (c’est interdit en France également et l’équipage n’a jamais compris pourquoi) . Nous avons vu des gamins de 5 ans piloter l’annexe, le fier papa dans le dinghy le supervisant. Le même gamin qui gérait la barre du 38 pieds à la sortie du port aussi… La liberté ici a une autre saveur.
La nuit reste un refuge de calme et de douceur, même en plein centre ville dans un port bondé, et nous avions l’impression de faire plus de bruit que la famille avec des enfants en bas âge juste à coté. Rires.




Mais déjà le départ est prévu demain pour Kristiansand puis la Suède.
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