Navigation en Norvège : de Bergen à Haugesund

Découverte de la Norvège

Par où commencer ? Quelques généralités peut -être sur la navigation en Norvège Ouest et Sud :

NB : Nous détestons les clichés et les stéréotypes, mais, en bons français, nous ne pouvons pas y couper.

Première partie du périple en arrivant des Shetlands :125 nM de cabotage
  • Les Norvégiens (contrairement aux Ecossais par exemple) arrivent très tôt au port et au mouillage : si tu arrives après 15h c’est la débandade, tout est bondé, les bateaux sont à couple, aucune prise électrique disponible au port….bref c’est pesant. Dans les grandes marinas aucun souci, mais pour les petits pontons, les places sont très chères.
  • Leurs sanitaires sont d’une propreté irréelle : pour le prix du port, en général une vingtaine d’euros, tout est mis à disposition du plaisancier. Vous avez souvent tout compris : accès aux machines à laver d’office, sèches linges, musique d’ambiance dans des douches flambant neuves, parfois sauna…et évidemment eau et électricité.
  • Le prix : en France, le prix peut parfois être difficilement justifié… Nous n’avons jamais compris pourquoi louer quelques m² d’eau pouvaient conduire le plaisancier à payer 100, parfois 120 euros la nuit…Et après avoir testé un certain nombre de marinas françaises, nous vous confirmons que les services et l’hygiène ne sont pas au niveau. Pour les Norvégiens, un port à 35 euros la nuit, c’est demi-tour direct et recherche d’un autre lieu.
  • LE SILENCE : il semble qu’aucune nuisance n’émane de ce peuple. Vous pouvez avoir 20 bateaux concentrés au même endroit, vous n’entendrez ni musique, ni bruits, ni engueulades, ni bruit de vaisselle, ni rien du tout en fait ! Rires. Même les pompes de cale sont silencieuses. Fabrice a même eu un petit coup de déprime en se disant que tout était mort. Même dans des villes, les jours de semaine, nous nous demandons toujours si les boutiques sont ouvertes, tellement la scène semble suspendue à l’intérieur. Seules exceptions : les jours où les Norvégiens jouaient leurs matchs de coupe du monde; là c’était écran gé(n)ant, musique à fond, chanteurs live, etc…
  • Les coiffeurs : des tonnes de coiffeurs, plusieurs par rues, dans toutes les villes et villages où nous sommes allés. Peut-être est-ce une coïncidence ? En tout cas, le moment où Fabrice n’aura plus le choix et devra passer entre mes mains avec la tondeuse n’est pas arrivé !
  • Les restaurants, bars, tavernes et autres lieux où l’on sociabilise d’habitude, sont tous fermés à partir de 20h, parfois 16h, et parfois, ils n’ouvrent pas du tout. Il est utile de rajouter que l’assiette de moules frites coûte environ 40 euros (à ce prix là il vaut mieux aller les ramasser près des côtes). Notre théorie est qu’ils travaillent pour s’occuper, donc, si ils n’ont pas envie, c’est non. Nous avons même été refoulés à 15h (oui, 15h un samedi au soleil) par un shipchandler sur le port. L’heure c’est l’heure.
  • La culture de la voile est quasi inexistante. Les locaux ont d’énormes bateaux à moteurs bien polluants. Au début, nous nous moquions gentiment de ces pêcheurs de pétrole et, finalement, nous avons vite compris pourquoi. Les vents sont totalement capricieux, quasi inexistants au coeur des fjords, sauf les fameux catabatiques, et ils tournent autour de vous sans arrêt, rendant folle la girouette. Notre Nos Limites s’est d’ailleurs transformé en bateau à moteur pendant le périple.
  • Les mouillages : un choix illimité, des dizaines de possibilités chaque jour avec ou sans ponton, sauvage ou citadin et, pour les ports, encore davantage. L’autre avantage c’est qu’il ne fait quasiment jamais nuit en été, donc nous avons tout notre temps pour chercher le spot parfait.
  • Dire bonjour ou saluer : les Norvégiens considèrent impoli de dire bonjour à un inconnu dans la rue, ne vous offusquez pas si ils changent de trottoir ou ne répondent pas. Ils sont très doués pour justifier leur asocialité ! rires.
  • Les douanes : il est interdit d’importer des pommes de terre en Norvège (les douanes peuvent les confisquer et les détruire), en revanche vous pouvez importer de l’alcool mais vous allez payer très cher. :). Comme nous étions citoyens de l’UE, même en venant de Lerwick (Royaume-Uni), nous n’avions pas besoin d’un contrôle des passeports à l’entrée. En revanche, il est obligatoire pour tous les voiliers arrivant en Norvège d’envoyer un mail à la police locale du district où l’on arrive avec toutes les informations du bateau et de l’équipage, autrement vous pouvez écoper d’une amende de 1000 euros par équipier ! A ce prix là, autant vérifier toutes les informations. Nous utilisons le site noonsite.com, qui nous sauve bien des fois pour les formalités.
  • La pêche : ce pays est le paradis de la pêche. Vous lancez une canne avec un petit leurre et 2 minutes après vous remontez des cabillauds, du lieu jaune de 50 cm, parfois deux ou possiblement davantage. Nous ne pêchons que ce que nous mangeons le jour même donc nous n’avons pas testé les limites de la nature. Les huîtres sont fabuleuses, de même que les palourdes, coques, moules…Un festin quotidien sans effort.

Premier contact

Lors du dernier épisode, nous vous avons raconté l’arrivée dans un petit mouillage perdu sur une île, tout près de la mer du Nord. La houle a disparu immédiatement dans ce lac salé intérieur, et nous avons eu le plaisir de nous amarrer sur un ponton de bois flambant neuf en compagnie d’un suédois et de deux bateaux norvégiens. La notion de « mouillage » est différente de la France. Comprenez bien que les fonds n’ont rien à voir : ici les fonds moyens sont de 18 à 30 mètres dans les baies ; vous pouvez mouiller à la scandinave et accrocher des amarres à terre mais pas toujours. Et dans les fjords, n’y pensez pas. Avec parfois 75/80 mètres de fond tout au ras de la côte, c’est impossible. Alors comment font les norvégiens ?

C’est tout simple : ils mettent des pontons (flottants) partout et croyez-nous, l’équipage les en remercie grandement. Chaque maison, chaque foyer, a son propre ponton flottant, avec son ou ses bateaux. Nous avons vu un adolescent de 13 ou 14 ans arriver au port avec son petit bateau à moteur et son sac à dos. Ici, c’est une culture. Papa a le gros bateau de 45 pieds et de 25 tonnes, et le fiston a son petit rafiot avec un hors bord pour s’échauffer.

Grillades sur le ponton

Ainsi, de très nombreux endroits ont des pontons impeccables, communaux, totalement gratuits, dans des endroits de rêve. La règle est simple : si tu ne déranges personne et bien, tu ne déranges personne et donc tu peux t’amarrer. Les Norvégiens prennent le bateau comme on prend sa voiture en France; on peut donc considérer beaucoup de pontons comme des parkings à bateaux. Ceux directement rattachés aux maisons sont évidemment privés mais beaucoup de pontons permettent une escale à terre de quelques heures à quelques jours.

Visite à VÅGEN, station « balnéaire »

Notre deuxième arrêt sera un petit port, décrit comme bondé en saison, plein de charme et vivant. Il est conseillé d’y arriver tôt afin d’avoir de la place.

Le titre du livre : » l’Homme inutile » est parfaitement adapté à la situation. Les confort seats sont enfin sortis !

Nous avons encore à l’heure actuelle des difficultés avec le mot « bondé » au sens où l’emploient les locaux. Disons que 2 ou 3 bateaux dans la journée semble le maximum. Nous éviterons le restaurant hors de prix. Le port est charmant, mais très (trop?)calme. Alors ce sera farniente, lecture et repos.

Le port « bondé » de VÅGEN

From Lerwick (Shetlands) to Leirvik (presque pareil mais en Norvège)

Un incident sur notre démarreur (encore lui !) nous a conduit à nous diriger vers le charmant petit port de Leirvik, qui semblait de prime abord tout à fait industriel et sans charme.

Port de Leirvik, on y voit le Nos Limites à droite

La ville est mignonne, on y trouve des tas de commerces où faire les fashion victims, des coiffeurs, quelques bars hors de prix, mais toujours pas de shipchandler, le magasin de jouets de Fabrice.

Départ au matin direction Leirvik après un mouillage au top entre deux îles ! Le capitaine n’a pas encore pris son deuxième café.

Après un nettoyage en règle des charbons du démarreur, une lubrification de la bague pallier (houla, ça devient technique et un peu lourd là), le Perkins démarre au quart de tour !

Comme tout bon plaisancier, il est important de visiter la ville lors d’escales, en particulier pour Fabrice qui cherche déjà un café ouvert. Le fameux expresso à 5 euros auquel le capitaine est particulièrement attaché.

Plein centre ville, il est 10h30 du matin et tout est TRES TRES calme. Heureusement, le café était ouvert.

Il se trouve que nous sommes à quai le jour du match de football France Norvège : l’équipage se dirige donc dans le premier bar sur le port à notre portée, bien décidés à fêter en avance notre victoire. Nous commandons deux pintes de bière et là, surprise : les pintes font 0.4L…Pour l’équipage du Sharki c’est la déconvenue, normalement c’est plus de 0.5L (les habitudes anglaises ont la vie dure) et en Irlande, la bière débordait du verre jusque sur la table, rires. Le score 4/1 pour la France nous rend très joyeux, mais nous nous faisons discrets, aucun autre Français en vue ici. D’autant que le port, initialement vide à notre arrivée, s’est rempli d’au moins une vingtaine de visiteurs (tous Norvégiens). Là aussi, nous nous faisons petits, le pavillon français flottant discrètement, tellement discrètement d’ailleurs qu’on le voit de l’autre bout du port :).

Le bateau jaune : un bateau ambulance, qui va à 35 noeuds et qui transporte les patients d’une île à l’autre, la grande classe !

Åkrafjorden (le A avec le rond au dessus se prononce « o », donc prononcez « Okrafjourden »)

Le profil de dénivelé de la région de Bergen est clairement montagneux, et nous apercevons encore de la neige sur certains sommets en cette fin juin, mais les anticyclones sont au rendez-vous et c’est sous un soleil éclatant que nous progressons (au moteur) d’îles en îles, chaque fois émerveillés par les mouillages.

L’entrée du fjord, déjà cernée par les montagnes

Impossible de visiter la Norvège sans découvrir un fjord. Nous voilà à présents habitués aux approches des îles et des chenaux. Un fjord, c’est l’inconnu, nous filons ainsi depuis Leirvik en direction du fjord le plus proche. Les profondeurs sont incroyables : 200 à 600 mètres de fond, des côtes escarpées, peu de baies abritées. Des montagnes immenses nous entourent; absolument rien n’est comparable à ces paysages. Le brouillard peut également se lever très vite, en quelques minutes, la prudence est donc de mise.

Ce fjord, assez connu, fait 30 miles nautiques de profondeur. Il est un bon départ pour découvrir la beauté brute de la zone.

Nous nous accrochons au premier ponton de pierre libre et visible, en plein milieu du fjord, dans la ville de Åkra, petit lieu de villégiature.

Village d’Åkra, perdu entre les montagnes

Tout est, comme toujours, extrêmement calme. Le café est fermé, ouvert seulement les lundis, mardis et vendredis. Une petite boutique jouxte le ponton (surprise, fermée également), et des WC publics impeccables et accessibles se trouvent à quelques pas.

On commence par une partie de pêche, on ne sait jamais. En plus la boutique est fermée.

Nous décidons d’y rester deux nuits afin de randonner dans la région.

La merveilleuse lumière du soir : il est 22h00

Le lac Vikastølen sera notre objectif. On nous glisse d’ailleurs à l’oreille que ce lac est plein de truites. Quinze kilomètres de marche plus loin, nous voici de retour au bateau avec des étoiles plein les yeux. Difficile d’imaginer au retour, que le bateau se trouve quelque part au delà de ces sapins. Nous aurons même le plaisir d’enfiler les maillots et de nous baigner dans la courte éclaircie qui nous réchauffe à l’arrivée (NDLR : dans une eau à 12 degrés, la baignade a été rapide).

Le lendemain, départ vers le fond du fjord, jusqu’à Fjaera, et la cascade de Langfoss.

Cascade de Langfoss (on on peut voir le pont qui passe en contrebas)

Apparemment, un ferry y fait des ronds dans l’eau afin de ravir les touristes, en les emmenant au pied de la cascade, qui soit dit en passant, est spectaculaire. Cependant, le fond du fjord est décevant : une zone industrielle, de vieux pneus usagés abandonnés sur les pontons, aucun amarrage pour les bateaux de passage, une odeur de métal et de pollution et pour couronner le tout : un passage incessant de voitures de vacanciers, leurs véhicules ronflants comme des tracteurs. Nous aurons tôt fait de faire demi tour et de regagner la sortie du fjord, encore enchantés par le village d’Åkra.

Image de carte postale sur Åkra

Quelques mouillages en passant

Jusqu’à Haugesund, nous avons passé des nuits extraordinaires dans des lieux naturels et paisibles, parfois des réserves naturelles, parfois des villes. Quelques photos ici parleront davantage que des mots.

Réserve naturelle de Romsa
Le port de Saebovik, presque un mouillage

Haugesund

C’est une charmante petite ville, pas si petite en réalité, lorsqu’on voit en premier lieu d’immenses navires de croisière. Mais, n’y tenant plus et voulant voir un peu d’animation, le Nos Limites s’élance à 8nds dans le chenal du port. Il faut dire que le courant y est fort et nous propulse contre un quai de bois flambant neuf.

Arrivée dans le chenal de Haugesund

Nous aurons même le plaisir de rencontrer d’autres français revenus d’un tour aux Lofoten. Le port est en réalité un quai situé le long du chenal principal, très protégé. On y croise des monstres des mers, des navires de travail avec des héliports au dessus du poste de pilotage, des voiliers, des mini semi-rigides, et tous ces navires cohabitent, incroyable. La ville est vivante, tous les magasins sont ouverts (jusqu’à 15h, il ne faut pas exagérer non plus), les badauds se pavanent et se prennent en photos, nous entendons même de la musique dans les restaurants !

Notre bateau, en bas à gauche, sagement amarré

Mais ne vous y trompez pas : à peine le paquebot parti, la ville se désertifie totalement (4000 personnes en moins tout de même), nous laissant sur notre voilier, sans passage, sans bruits, sans restaurant ouvert, un samedi soir !

Au revoir Haugesund !

Nous décidons de poursuivre notre route vers Stavanger, puis Kristiansand avant de descendre encore, vers la Suède ou peut être directement le Danemark. C’est toujours la météo qui décide.

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