La ville de Wick, Scotland
Le navire progresse tranquillement à la sortie d’Inverness, gare cependant aux courants à 4 noeuds à l’embouchure, l’heure de la marée est encore une fois capitale. Catapultés hors de la zone, nous filons 8 noeuds sur une grande partie du trajet jusqu’à Wick. Pour ceux qui ne connaissent pas cette ville du Nord de l’Ecosse, c’est une ancienne cité de la pêche aux harengs. Cette dernière ayant largement périclité (en partie à cause de la surpêche, tiens ça ne devrait pas nous alerter ça ?), il n’en reste à ce jour qu’une toute petite ville, sans immense interêt, hormis celui d’être à une distance raisonnable (70nm) de Inverness et un point clé pour atteindre les Orcades ensuite. Le guide nous dit : « more gritty than pretty », plus gravilloneux que mignon, le ton est donné. Néanmoins, cette marina a tout d’une grande : tous les services, un accueil fabuleux et des conseils (très, mais alors très) précieux sur le trajet vers les Orcades et le fameux passage du Pentland Fifth.
Le Pentland Fifth c’est quoi ? C’est une zone entre les Orcades et le Nord Ecosse, où les courants en vives-eaux peuvent atteindre 12 noeuds (vous avez bien lu, à réfléchir ça fait environ 25 km par heure), autant dire que même notre Perkins n’y pourrait rien. Evidemment il peut lever une mer démoniaque, et évidemment le trajet Wick – Orcades est pavé de quelques bancs et écueils, qui favorisent une mer étonnamment hachée, les fameux « breakers » ou déferlantes. Fabrice me glisse que breakers sonne presque plus poétique et moins dangereux. Notre charmant maître de port nous confirme que nous devons arriver à l’étale au niveau du centre du Pentland, pour avoir le moins de courant possible, donc partir de Wick 3 heures avant l’étale, logique. Sauf que 3h avant ça veut dire départ à 6h du matin ou à 18h pour arriver à 22 aux Orcades. Ainsi, dans un élan absolu de flémagite aigue, nous décidons de rester une nuit de plus à Wick et d’explorer cette cité, qui finalement, ne manquait pas de charmes pour le marin de passage.

L’équipage du port à tenté de nous motiver à visiter leur musée de la ville, qui n’était autre qu’un dépôt d’objets anciens, en lien avec la vie locale…Nous y avons préféré une balade le long de la rivière Wick et du repos sur le Nos Limites.



Wick est avant tout un avant poste de maintenance des éoliennes ofshore et des plateformes pétrolières. Les immenses pales d’éoliennes sont tranchantes, comme de gracieux sabres posés à même le quai. Ici, ils sont chargés sur des bateaux de travail et envoyés sur zone; ces zones portent des prénoms comme Béatrice ou John. Mais l’ambiance industrielle prédomine.

Grâce à tous ces précieux conseils, nous avons franchi la zone sans encombre, même si la mer était loin d’être confortable, elle n’était pas dangereuse et nous avions la chance d’avoir un petit travers d’ouest. Ainsi, avec le vent et le courant dans le même sens, on peut dire qu’Eole a été charitable.

Les Orcades
Des Orcades, nous avons surtout exploré quelques mouillages et la partie Ouest jusqu’à Kirkwall. Vous, lecteur, lectrice, savez déjà que l’équipage n’apprécie pas les zones densément peuplées et que notre abord d’une zone se fait toujours dans une partie quasi déserte, avant de se fondre un peu dans la masse. Cette fois-ci l’a encore confirmé. Après une navigation très tonique dans le fameux Pentland, nous voilà dans le mouillage de Deer Sound, une sorte de piscine, protégée d’absolument tous les vents, houles, courants. Le bateau ne bougeant plus, l’équipage s’en est trouvé lourdement perturbé avant de savourer ce précieux moment (qui a quand même duré 2 jours). Ici, peu d’hommes, des dizaines de boeufs sur des pâturages d’un vert à vous déclencher une migraine tellement il est intense et nous avions même la chance d’avoir un ciel bleu éclatant, sans un seul nuage.

Cependant, la température était cohérente avec la latitude : 12 degrés ressentis 10°. En appelant la famille à Toulon, en proie à la canicule, nous avons intérieurement prié pour faire un échange thermique entre les deux régions: tout le monde aurait été ravi !

L’équipage n’a aucune envie de visiter le port de Kirkwall en bateau, il comporte peu d’attraits et ce mouillage ne donnait pas envie de le quitter. Qu’à cela ne tienne : pourquoi ne pas débarquer les vélos en annexe et pédaler jusqu’à la capitale ? 35 minutes après tout ce n’est pas la mer à boire !

Et nous voilà débarquant les vélos pliants jusqu’au débarcadère en pierre, à fond vers la capitale. Google nous avait promis un dénivelé « plutôt plat »; il avait omis de nous préciser la montée de la mort avant l’arrivée en ville. Finalement c’était 12 degrés ressentis 28, on ne va pas se plaindre !




Kirkwall
Finalement, la ville est très mignonne, et nous sommes charmés par la Cathédrale St Magnus, qui date du XIIème siècle, qui semble neuve. Elle a été construite par un Jarl Norvégien, en hommage à son saint oncle, martyr, dont la dépouille repose sous la nef. On y retrouve évidemment le drapeau norvégien associé à l’Union Jack.



Tout dans ces îles rappelle l’influence Norvégienne. Il suffit de voir le drapeau des Orcades pour comprendre qu’ici on est plus scandinave qu’anglais. Mais le lien avec l’Ecosse est fort.

La population est adorable et souriante, aucune insécurité n’est présente. Lors de notre déplacement à vélo sur la grande route, les voitures nous doublaient à 2 ou 3 mètres de distance en ralentissant. L’équipage rigolait en imaginant la même scène au Portugal où les camions rasaient les vélos, qui glissaient sur des routes pavées glissantes comme des savonnettes, le bruit du klaxon nous chatouillant les oreilles. Deux zones, deux ambiances. Un bémol : la ville comporte bien plus de boutiques de souvenirs « made in china » que d’échoppes locales, laissant penser que le tourisme occupe une place bien trop grande ici…

Evidemment, le retour à l’annexe a été haut en couleurs : annexe posée sur le débarcadère, à marée haute. Sauf que la marée ça descend, et que nous sommes rentrés un peu tôt, donc l’annexe est 2 mètres au dessus du niveau de l’eau. Hop : démontage du moteur, portage de l’annexe à l’eau, chargement des vélos ET remise en place du moteur et le tour est joué ! Impossible d’être sédentaire.

Quelques temps après nous décidons de nous mettre à l’abri sur l’île de Stronsay, loin de l’île principale. C’est une île très peu peuplée, bordées de larges bandes de sable blanc (à noter qu’ici les plages sont fabuleuses, tout droit sorties des rêves de tropiques, la météo en moins). Sur son versant nord, nous avons le loisir de débarquer à Whitehall. Cette fois-ci, même histoire qu’à Wick, avec la pêche au hareng, village quasi désert : un seul bar qui fait aussi hôtel, restaurant et accueil, des douches publiques dont nous serons les heureux utilisateurs, et un port qui n’a pas le tirant d’eau suffisant, nous faisant rabattre sur une bouée d’accueil.

Mais quelle escale ! Bonne humeur et sourire étaient au rendez-vous et nous n’avons jamais regretté ce moment tellement différent de la grande ville. Tout parait décrépi et peu reluisant. Les habitants des Orcades utilisent un patois, très différent de l’anglais, avec des R roulés et des accents improbables; nous ne comprenions absolument rien à ce qu’on nous disait, mais le sourire des tenanciers était rassurant, et le repas délicieux.
Fabrice qui me dit à l’oreille : On a vu un paradis fiscal (île de Man) mais ici : Pas un radis fiscal !


Les Shetlands
Nous voilà partis pour les Shetlands, encore plus haut, visons le 60ème Nord ! Malheureusement dans une pétole monumentale…Mais nous devions monter pour attraper le vent portant qui allait nous amener quelques jours plus tard en Norvège. C’est pourquoi, les oreilles brisées par le bruit du moteur, avec un vent à 5 noeuds, et une houle de 1m50 (de travers of course), nous avons atterri aux Shetlands exténués, dans un brouillard à couper au couteau, sous la pluie et dans le froid. Fabrice a eu un petit coup de déprime au mouillage, lassé de cette météo du Nord. Un petit coup d’œil sur la météo norvégienne de fin juin nous laisse entrevoir 20 degrés sous un beau soleil, redonnant instantanément le sourire au captain, les yeux dans le vide au mouillage, entourés de fulmars et de guillemots bruyants.

Nous avons donc tout le loisir le lendemain de visiter Lerwick, la capitale, sous un beau soleil, qui l’eut cru ?
Lerwick, capitale des Shetlands (UK)

Par où commencer ? La ville est magnifique, bien davantage que Kirkwall, offrant au visiteur des bâtisses de pierre aux pieds dans l’eau, des châteaux aux tours crénelées sorties tout droit de films, des jardins calmes, et un port charmant mais folklorique.






Après un plein de gazole à 0.95 centimes le litre (vous ne rêvez pas, mais ça doit venir des plateformes pétrolières au large :)), nous tentons de nous trouver une place dans le port. Un rapide coup d’œil nous confirme un port bondé (régate et compagnie, la fameuse Shetland Race de Bergen à Lerwick), avec 2, 3, 4 ou 5 bateaux à couple, du jamais-vu.
Céline à la dame du port : On a vu jusqu’à 5 bateaux à couple, c’est ok pour vous, pas de problème de sécurité?
Réponse de la dame du port : Si vous êtes happy et que vous trouvez une place, aucun problème (avec le sourire !)
Ok ! Nous voilà accrochés, super happy, à couple avec des Américains, derrière des Norvégiens et devant des Suédois, avec des Bretons à notre droite avec qui nous partageons les restes de whisky et de vin (pour payer moins de taxes sur l’alcool en Norvège, il n’y a pas de petites économies). La sécurité est précaire, et heureusement qu’il n’y a pas de vent ! Les bateaux glissent joyeusement les uns contre les autres, avec des aussières de tous côtés.
Nous partons ainsi explorer la ville, à la recherche de boutiques locales.
L’île est connue pour ses tricots et sa laine d’une qualité incomparable et, évidemment, en fashion victims, nous achetons un fabuleux bandeau de laine qui protègera la tête de Céline pour toute la traversée Lerwick Bergen. Le yacht club local offre tout le confort dont peut rêver un marin et une ambiance musicale le soir.

Mais déjà il est l’heure de quitter la ville, une fenêtre météo parfaite s’ouvre à nous sous un anticyclone puissant : soleil et vent portant au rendez-vous. Départ aux lueurs de l’aube (en réalité le soleil se lève à 02h30… et nous sommes partis à 06h !) direction la Norvège.
Atterrissage en Norvège
Les courants et le vent nous portent droit vers la Norvège, et ici point de courant intense (0.5 noeuds au maximum), pas de zone dangereuse et technique. Nous décidons d’atterrir où le vent nous porte et ce sera légèrement au Sud de Bergen. L’approche de la côte nous rend fébriles : les hautes montagnes, les phares encadrant les écueils, et la belle houle d’ouest de 2 mètres nous poussent droit dans les terres, sur l’ile Navoya. Nous réalisons à peine que nous sommes arrivés. Le premier contact est un lac intérieur, d’un calme absolu. Le silence est total et parmi les quelques bateaux accrochés au ponton, nous avons l’impression de jouer au roi du silence. A part le clapot, aucun bruit ne se fait entendre, pas même les oiseaux, tout ceci sous la lumière diffuse du soir et sous un ciel sans nuage…Un rêve. Ce soir champagne !


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