L’arrivée dans les Hébrides
Si il y a une chose qu’il faut savoir en naviguant en mer d’Irlande, c’est que le courant (sauf maxi tempête) prime toujours sur le vent. Or, pour éviter justement une maxi tempête, nous avons dû partir à 01h00 du matin, à marée basse, pour suivre la marée et arriver à l’île d’Islay, le fief du whisky avant que la météo ne se dégrade:).

L’atterrage est magique : immédiatement après la pose de l’ancre, deux petits phoques nagent vers le bateau, par curiosité, jusqu’à ce que notre présence les pousse à plonger pour se cacher des humains. Ne parlons pas des hérons, et des mouettes, si expressives, qui nous signalent clairement que nous sommes sur leur territoire. La mer est d’huile et la clarté douce de l’aube affiche une luminosité très particulière, avec toute la réverbération due au brouillard. Pour cette navigation, nous nous contenterons des Hébrides intérieures (Islay, Jura…), la Norvège n’est pas encore à notre portée !
Chaque mouillage est différent ; vous pouvez passer une nuit seul au monde au milieu des oiseaux, la seconde nuit entouré de dizaines de bateaux dans un port à flot et encore celle d’après dans un port de commerce. Pourtant, le calme règne et les locaux semblent apprécier ce rapprochement avec la nature et la respecter.

Une petite auberge, le Old Inn, sera notre refuge après une courte marche sous la pluie, et le bœuf écossais est tout simplement une des meilleures viandes que nous ayons mangée. La serveuse a immédiatement compris que nous voulions la viande « saignante » (en français dans le texte) avec un verre de vin rouge, les mauvaises habitudes restent !



L’équipage a même eu la chance (sans le savoir) de voir la ferme Barnhill où Orwell a écrit le livre célébrissime « 1984 », sur l’île Jura. L’auteur -Orwell- aura sans doute voulu s’isoler, comme nous, dans ce mouillage perdu au nord extrême de l’île, à deux pas de sa ferme, entourés des fleurs des Highlands. Nous posons la pioche avec un courant démentiel en arrivant en crabe au mouillage à 12 nœuds (deux fois la vitesse normale du bateau!). A peine débarqués en kayak, la petite piste perdue n’est peuplée que de quelques vaches des Highlands et de corbeaux curieux.

Mais déjà le Nos Limites doit avancer : le sound of Luing est réputé pour ses courants (encore des courants!) furieux que nous devons négocier avec brio, en rasant le golfe de Corrywrekan. Ce golfe comporte à priori, le plus grand tourbillon d’Europe et notre livre nous conseille de l’éviter, conseil entendu ! Le temps est venu de s’enfoncer dans les terres en direction du canal calédonien, à présent totalement protégés de la houle, jusqu’à Fort William puis Corpach, l’écluse de mer qui signe l’entrée de ce Canal de 60 miles nautiques de long (rajoutez à ça 29 écluses et 11 ponts pivotants).

Le canal Calédonien
Il y a tellement de choses à dire sur ce canal, et à montrer. Nous avons décidé de le passer au moins de juin, hors saison. Il est cependant très fréquenté et les navires sont des attractions touristiques à part entière. Que vaut une écluse vide ? Un bateau descendant un escalier d’eau fascine toujours autant le spectateur, même l’équipage du Nos Limites.
Ensuite le climat : calédonien. Vous pensez sans doute à la Nouvelle Calédonie, plages de sable fin, soleil et compagnie. Et bien non cher lecteur : ici l’eau est partout, certes, mais surtout dans tes yeux pendant que tu navigues. Ne crois pas échapper à la pluie, puisqu’elle est permanente. N’oubliez pas l’adage : si la pluie s’arrête, le brouillard va se lever. Les locaux appellent ça la pluie horizontale. Énorme avantage : le Nos Limites n’a jamais été aussi propre, même nos tenues de navigations pleines de sel, sont rincées quotidiennement à l’eau douce, de même que le moteur. Avec un petit 11 degrés, ressenti 6, notre poêle à gazole tourne à peu près tous les jours, et nous savons l’apprécier.
Suivez les guides !
Premier jour : de Corpach à Banavie







Deuxième jour : de Banavie à Laggan





Nous nous lions facilement avec les navigateurs croisés lors du cheminement. Dans le pub flottant, nous discutons avec des écossais de passage :
– vous êtes français, c’est génial
– Oui, nous allons en Norvège !
Ecossais bouche bée.
Finalement la conversation revient sur la qualité des whiskys écossais et nous leur glissons que nous avons du whisky breton à bord. Leur réponse :
– Je pensais que le whisky français était du champagne !
Il n’a pas tort, c’est d’ailleurs pour cela que nous en avons également à bord.
Il est facile de penser que les passages sont fluides mais la séquence est plutôt la suivante.
1) le bateau arrive à l’écluse, ou pont pivotant ou autre
2) on demande le libre passage à la radio
3) on doit d’abord s’amarrer au ponton puisque d’autres bateaux arrivent de l’autre côté
4) on attend, on attend, on attend…
5) on passe l’écluse
Au moins, l’équipage va devenir aguerri en termes d’approches, d’amarrage, de gestion du bateau, etc.
En résumé, si il y a 5 écluses dans la journée, et bien cela prend la journée entière, sachant que les bateaux de travail (ou de la Royal Navy, nous en avons également croisé un) sont évidemment prioritaires. Mais cela invite à la douceur de vivre, au calme et à la patience. Il faut savourer les délices du canal calédonien (c’est écrit sur le guide). Pour vous donner un exemple, la première journée, qui comportait 11 écluses et un immense pont avec voie ferrée, s’est déroulée de 08h30 à 17h15. Le lendemain, l’équipage a fait quelques courses jusqu’au point de départ : 18 minutes à pied ! Le temps est relatif sur un bateau mais encore plus sur un canal à écluses !
Troisième et quatrième jours : Fort Augustus, première approche du Loch Ness, bienvenue à Disneyland
Le Loch Ness est immense : il contient plus d’eau que tous les lacs et rivières d’Angleterre et du pays de Galles réunis (ou alors les Ecossais disent ça pour agacer les Anglais). Il est issu d’une vallée glaciaire. Une fois la fonte des neiges faite, la vallée était déjà bien creusée, et l’homme n’a eu qu’à connecter les Loch (Loch Lochy, Loch Oich et Loch Ness) pour en faire le canal.



Fabrice : Et si nous allions nous balader en ville ? ça à l’air très calme et tranquille ici !
Céline : Bonne idée, allons découvrir ça !
500 mètres plus loin…

Encore 3500 mètres plus loin…ouf !

Si vous imaginez un loch perdu, calme et une sensation de solitude, passez votre chemin. Piège à touriste, bonjour. Ici, passées les écluses de Fort Augustus, des nids de touristes, fraîchement jetés hors des bus s’accumulent sur les jetées, les magnets du monstre du Loch Ness jouent d’originalité et au grand désespoir de Fabrice, les magasins de cadeaux et de souvenirs ont remplacé tous les pubs. Même les restaurants ont une partie boutique à souvenirs, c’est dire ! D’immenses ferrys proposent des balades sur le Loch Ness à 40 livres sterling les trente minutes pour un rapide aller retour sur zone. Le contraste est saisissant avec les marinas précédentes.
Cinquième jour : de Fort Augustus à Dogharroch


Nous entamerons ensuite la dernière nuit, juste avant notre courte escale à Inverness pour découvrir la ville. Soit-dit en passant, Inverness, est adorable, une fois passée la zone industrielle.

Mais déjà, nous reprenons la mer.
Lorsque les portes de la dernière écluse s’ouvrent, nous sommes sur la mer du Nord. C’est à la fois une impression de deuil (modéré, il ne faut pas exagérer) de quitter ce canal si pittoresque, et une sensation de libération. A présent, le Nos Limites est libre d’aller et venir sans horaires, ni contraintes liées à l’homme.
Prochaine étape : les Orcades, les Shetlands, puis la Norvège.

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