L’île de Man
On dit que l’île de Man ne se révèle que lorsque le brouillard accepte de se lever. Nous confirmons à 100% ! La traversée du pays de Galles à l’île s’est passée dans une atmosphère calme, avec juste ce qu’il faut de vent pour envoyer le spi, dans une mer presque lisse et surtout…dans le brouillard le plus absolu. Nous avions 1 mile nautique maximum de visibilité durant nos 50 miles de navigation et, de temps en temps, nous entendions un avertisseur de bateau (probablement immense) étant donné leur vitesse ahurissante, sans jamais les discerner. Ambiance fantomatique garantie mais heureusement l’AIS nous permettait de les voir sur l’écran, c’est déjà ça :).
Nous avons donc fait joujou avec le radar qui fonctionne à merveille et réduit nos quarts de surveillance à 10 minutes maximum, voire moins, avec les yeux vissés sur les jumelles. A seulement 1 mile de la côte, le brouillard s’est totalement levé, comme en passant une porte et là, la lumière fût ! Le bateau s’est posé dans une baie magnifique, sous un soleil radieux, sans un seul nuage en vue (on a oublié de préciser que nous étions en plein anticyclone mais bon, avec le brouillard, difficile de voir le ciel et encore moins les nuages) et surtout sans houle. Un rêve !

Trois mouillages, trois ambiances !

CASTLETOWN
Notre choix s’est porté, comme souvent, sur un premier contact avec une nouvelle terre dans une zone quasi déserte : pas d’humains, le mouillage quasi vide. Il s’agissait à Castletown d’une réserve ornithologique : huitriers-pie, cygnes, canards par dizaines, hérons, pipits (un genre de mini moineau survolté ultra mignon). Pour informations, les Mannois ne rigolent pas avec la nature :
- tu déranges un oiseau qui niche : 10 000 livres d’amende
- tu endommages un nid ou un oeuf : 10 000 livres…
- etc… Aucune circonstance atténuante, le prix est toujours le même; voilà pourquoi le macareux qui désertait leurs côtes depuis 30 ans est enfin revenu (depuis 2021, nul doute que le Covid a joué un rôle).

La petite ville attenante est quasi déserte, hormis un aéroport en pleine effervescence à deux pas du mouillage, ce qui est un comble à côté d’une réserve ornithologique. L’effaroucheur ornithologue (le « monsieur oiseau », c’est à dire celui qui doit faire peur aux oiseaux pour éviter qu’ils ne s’engouffrent dans un réacteur) roulait à fond toute la journée pour faire sortir les volatiles de la zone sans les déranger (10 000 livres attention !). Il était une attraction à lui tout seul. Et quand je vous dis qu’il s’agit d’une ville (village?) calme, c’est calme ! Rien : pas de bars, ni restaurants, ni bibliothèque, au mieux un golf 18 trous mais l’équipage n’a ni le budget ni l’expérience. Après une courte balade sur la plage nous décidons de regagner le bord au son des oiseaux. Une belle parenthèse de repos, dans un spot qui bouge moins qu’un port !

PORT ERIN
Ce qui est génial avec la mer d’Irlande (je plaisante évidemment), c’est qu’elle ressemble beaucoup à la mer Méditerranée, avec une petite houle bien courte et agaçante, une mer démoniaque qui se lève au moindre vent et des vents inconstants. Mais le plus drôle, c’est la présence de courants de 4 ou 5 noeuds (comprenez : de la vitesse de notre bateau). DONC, il est important de bien calculer son coup sinon retour à la case départ ! Heureusement nous sommes préparés et la traversée prévue en 2 heures va durer 1 heure maximum. Le Nos Limites avance en crabe pour contourner l’île par le Sud à 11 noeuds, pratique ! Si vous regardez la carte en bas à gauche vous verrez le rocher Chicken. Ca a l’air mignon comme ça mais le passage doit s’y faire par mer vraiment tranquille sinon on passe du calme plat à l’apocalypse avec déferlantes et compagnie. Nous sommes en période d’anticyclone donc le passage se fait au moteur les doigts dans le nez.

Autre ambiance ici : d’un mouillage désert, nous arrivons dans une baie aussi animée qu’une plage du sud de la France au printemps ! Quelle effervescence ! Paddles, kayaks, des dizaines d’enfants sautent à l’eau (je précise que l’eau est à 12 degrés) depuis le débarcadère. Nous y voyons même un bateau français, preuve en est que quelques fous comme nous vont vers le Nord au lieu de viser Madère. Il semble que Port Erin soit le club Med de l’île de Man. Un peu déboussolés nous gambadons dans la ville, ravitaillement oblige. Ici, tout tourne autour de la fameuse course : l’IoMTT ou Isle of Man Tourist Trophy. Pour information, le nom fait un peu « amateur » mais il faut savoir que les coureurs à moto participent à la course la plus dangereuse du monde. Comptez 220 km/h de moyenne, sur des routes franchement pas adaptées pour ça, avec du brouillard, des moutons qui peuvent éventuellement être sur la route, la pluie of course ! Bref, l’équipage a eu la chance d’y être pour les qualifications : les plus rapides avalent les 60 km du tour en 17 minutes (soit le temps qu’il faut à l’équipage du Sharki pour sortir et mettre à l’eau un Kayak gonflable, ou leur temps moyen de marche jusqu’au pub).
Pour en revenir à Port Erin, tout ramène à l’évènement : t-shirts, magnets, porte-clés, même des décorations de pot de fleurs.

En tout cas, l’île respire la prospérité, et vu les voitures locales, nul doute que le PIB par habitants confirme le statut de paradis fiscal. Nous avons même appris que lorsque le Royaume Uni appartenait à l’Union Européenne, l’Isle of Man n’en faisait pas partie !

Après une découverte de la ville en vrais bons touristes plaisanciers, et ceci incluait également la pizza mangée sur la plage au soleil, nous prévoyons de remonter vers le Nord sans trop tarder puisque la Norvège nous tend les bras. Plus de la moitié du trajet a déjà été réalisée.
PEEL
Pour la dernière escale de notre petite approche de Man, Peel semble la destination idéale : petite ville simple qui comporte un glacier ! Il y a aussi un château, un musée et un pub mais il y a surtout le glacier (denrée rare ici…).A peine le pied posé sur le sable, un habitant vient nous parler, nous le nommerons Mike :
– Je vous ai vus vous amarrer, je suis aussi navigateur et j’habite dans la grande maison sur la plage. Si vous avez besoin je peux vous emmener au supermarché en voiture, ou vous prêter des outils !
Nous restons sciés par tant de gentillesse et de prévenance. Nous savourons ce moment d’humanité avec délectation sans profiter de l’offre; en effet, la cambuse est trop pleine. Nul besoin de victuailles supplémentaires. Néanmoins, nous gardons contact avec notre nouvelle connaissance qui nous propose même de passer chez lui si nous redescendons par la zone :).

Pour l’heure le programme est simple : glace, puis visite locale puis … IoMTT. Les qualifications se passent à une heure de marche de la ville, nous ne pouvons rater ça. S’en suit une délicieuse promenade dans la campagne mannoise sous un soleil de plomb avant d’arriver au bord d’une route fermée avec des motards qui filent à 200km/h : l’expérience est grisante !
Nous aurons également l’occasion de visiter le musée de l’île, le Mannanan (en l’honneur de la divinité de la mer qui protège l’île, c’est la fameuse qui accepte de lever ou non le voile de brouillard). Et là surprise : des vikings ont habité sur l’ile et sont venus de Norvège, globalement par le même chemin que nous ! Les pavillons norvégiens et mannois flottent de concert dans ce lieu. La francophilie sonne également à nos oreilles quand les hôtesses s’essaient à quelques mots de français en souvenir de leurs cours à l’école.

La ville dispose également d’un bateau de secours (la RNLI, l’équivalent SNSM) qui est mis à l’eau par une sorte de tracteur amphibie qui peut être immergé à 9m de fond en cas de tempête (pour le récupérer plus tard), ainsi qu’un bateau dont les turbines relarguent 1500 Litres par seconde. Pour donner une idée : cela remplit le volume de 10 bus à impériale par minute !! A notre avis, les tempêtes dans le coin ne doivent pas être drôles étant donné les engins de secours. Comptez 5 millions d’euros pour l’ensemble et 12 interventions par an (me glisse le bénévole de la RNLI à l’oreille).

A notre retour en ville, après un bon mais (trop) gras fish and chips, nous rentrons très vite à bord, une nuit à force 7 se prépare au mouillage. Pluie, orages, grêle, nous avons droit à tout mais l’ancre tient bon comme toujours. Et, au petit matin, une belle météo nous permet de filer jusqu’à Belfast !

Belfast, so différente de Dublin.
Belfast, la petite soeur de Dublin, vous accueille par un immense chenal peuplé de cargos, de navires de croisières à 15 ponts et de pétroliers. Très loin de l’ambiance « yacht club chic » de DunLaoghaire, près de Dublin. Il faut plus d’une heure pour arriver au coeur de la ville dans une petite marina qui dispose de tous les services (la machine à laver est gratuite oh my god). Mais son intérêt est qu’elle se trouve sur le Titanic Dock, soit la zone où a été construit le Titanic (avec un célèbre musée) et la cale qui a servi à le mettre à l’eau. La ville en soi, n’a pas d’attrait majeur (buildings, marchés touristiques, quelques musées, pubs, restaurants, etc…rien qu’on ne trouve ailleurs) mais la marina, pourtant au centre ville, est d’un calme absolu et nous savourons ce repos citadin pendant deux jours. Le musée du Ulster est à voir, de même que leur immense jardin botanique et les quais historiques !





Le petit Nos Limites se pavane comme un yacht !

Le musée du Titanic est davantage une attraction qu’un musée. Cela semble péjoratif mais Fabrice et moi avons trouvé que la quête du sensationnel frisait le lugubre quand nous imaginions l’argent gagné sur le dos de tous ces morts. Le magasin de souvenir à la sortie du musée, où visiblement, se trouvait la majorité de la collection…à achevé de nous conforter en ce sens. Et encore, on ne parle pas (si on en parle là en fait !) du petit train (fantôme) à l’intérieur même du musée.

Nous avons au moins appris que la veille à bord des bateaux par tout temps et par tout moyen était obligatoire depuis ce naufrage dramatique ( de même que suffisamment de canots de sauvetage pour tout le monde…). D’ailleurs, les jumelles de surveillance du Titanic étaient sous clé lorsque l’iceberg a été percuté puisque l’équipe de relève en Europe avait gardé les clés ! Ces clés sont le seul objet authentique à bord qui sera présenté au visiteur. C’est donc une série d’erreurs terribles qui a mené à ce naufrage. Vous conviendrez également qu’aucun souvenir ne sera acheté. Pas question de mettre à bord du Nos Limites quelque chose en rapport avec le Titanic ! Un frisson nous parcourt le dos en imaginant une peluche avec un animal aux grandes oreilles portant la casquette du capitaine du Titanic.

Désormais, plus rien ne nous retient : il est temps de monter vers l’Ecosse, puis le canal calédonien avant d’entrer dans le grand bain, la mer du Nord.

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