From Normandie to Norway : épisode 2.

Les îles Scilly

Mouillage paisible à Porthcressa (Scilly)

Ce petit archipel de terre ocre caressé par une eau limpide et un sable blanc ont tout d’îles paradisiaques; sous un grand et beau soleil (c’est à dire environ 16 heures par an) on se croirait aux Antilles. Mais, lorsque le ciel est dérangé, et l’ambiance presque apocalyptique, les nuages gris et chargés laissent passer ce qu’il faut de soleil pour donner une lumière feutrée et fantomatique, que l’équipage apprécie beaucoup.

Promenade au soleil !

Le pied fraîchement posé sur l’île, nous nous attelons à notre activité préférée : l’exploration ! Cette fois-ci, nous sommes en terre connue puisque nous y sommes restés quelques jours en août 2025 (île St Mary) parmi les 48 îles que compte l’archipel. Ne soyez pas si bluffés de prime abord : sur ces 48 îles, beaucoup sont de simples cailloux largement inaccessibles et quasi inexistants mais les anglais adorent dire qu’ils ont plus d’îles (îlots) que la France. Plus c’est gros plus ça passe !

L’annexe est remontée péniblement sur la plage à marée basse jusqu’en haut, attachée au muret et à ce moment là, un local nous hèle de sa petite terrasse.

Local anglais souriant : Hé vous ! (il parle anglais évidemment mais dans un souci de simplification, nous faisons la traduction ici 🙂 ).

Equipage méfiant, qui s’approche du local bruyant…

Nous : (petite voix timide) Yes, sir ? (sourire forcé crispé)

Local bruyant : ne vous embêtez pas à monter l’annexe si haut, c’est lourd et la marée ne montera jamais jusque là. Vous n’avez même pas besoin de l’attacher :).

Equipage soulagé.

En France, quand nous nous faisons héler, nous sentons l’arrivée des réprimandes ou des interdictions. Plus tard, un autre local plus timide nous proposera même de nous aider à porter l’annexe pour la remettre à l’eau. Rarement vu de personnes si polies et accueillantes. L’équipage est aux anges.

Invasion d’annexes sur la plage !

Après une charmante pinte de bière agrémentée d’une petite soupe bien chaude dans le fameux pub the Atlantic (le mythique Pub de marins le Mermaid est fermé jusqu’à nouvel ordre) nous nous rendons dans la supérette acheter quelques légumes; d’abord pour éviter le scorbut et ensuite, de devenir des « boat potatoes ». Petite note informative : un « boat potatoe » c’est une personne (en général propriétaire d’un très gros bateau à moteur) qui dispose d’une anatomie peu flatteuse avec tendance à la bedaine facile. Evidemment, notre équipage étant constitué de personnes soucieuses d’une santé de fer, notre alimentation doit être irréprochable (comment ça la bière à chaque escale ?). Alors certes, en navigation « agitée » (pour ne pas dire « dans une mer atroce et chaotique »), la qualité des rations s’altère gravement et un plat de légumes vapeur avec tofu grillé devient impossible. Il est alors remplacé par des soupes industrielles, des biscuits, des carottes crues croquées sans préparation ou de compotes, le tout parfois mangés en position allongée tellement le risque de se faire projeter contre les parois augmente.

Un peu d’humour anglais : les chiens sont admis, les humains tolérés et les enfants doivent être tenus en laisse !

Après une petite escapade technique en haut du mât histoire de contrôler la bonne marche du navire, la météo nous laisse enfin passer. Une nuit dans un mouillage rouleur à souhait a tôt fait de briser notre patience et nous conduit à quitter le mouillage très vite pour nous diriger vers le pays de Galles, à vrai dire dans une mer encore plus rouleuse.

Des Scillys au pays de Galles : du pur plaisir

Et c’est parti pour 36 heures de machine à laver, gauche, droite, gauche, droite…enfin, vous avez saisi. La houle est annoncée à 2m50 et dois-je vous le dire : le ressenti est bien plus grand. Cependant, notre navire est bien marin et passe la mer sans difficulté, ce qui n’est pas toujours le cas de l’équipage. Même le capitaine si vaillant d’habitude, s’est laissé tenter par un petit cachet contre les nausées au terme de plusieurs heures de respiration méditative, de siestes de 15 minutes entrecoupées de surveillance de l’horizon, etc…

Ah ! qu’il est beau cet anticyclone !! Un vrai été qui s’annonce !

Deux autres navires (anglais et belge), quittent le mouillage en même temps que nous et cette petite flottille va se suivre doucement jusqu’au large de l’Irlande. A ce moment précis, seul le nos limites aura le courage de continuer en empannant jusqu’au pays de Galles. Les deux autres, visiblement plus fragiles, iront s’abriter en Irlande dans l’attente d’une mer plus douce, ce qui évidemment n’arrive jamais et en fait, dans la mer Celtique, nous avons le choix entre une mer « merdique » et une mer « super merdique ». Nous trouvant dans le premier cas, et, foutu pour foutu, nous persistons et montons ! Cap au 51° NORD bon sang !

D’ailleurs, en parlant de Cap, nous avons eu une conversation éclairante avec le capitaine. Les longues sessions en mer permettent parfois une approche philosophique de la vie.

Fabrice : Nous approchons le cap de St David, la mer devient cahoteuse et agitée. On le sent avant de voir la terre. (Inutile de préciser que les 36 heures ont été passées dans une visibilité minime, sous la pluie au portant, donc rentrant dans le bateau à chaque ouverture de porte). On passe un mauvais cap !

Céline : ça doit être pour ça qu’on dit « passer un cap ». En fait passer un « cap difficile », cela se dit rarement…simple pléonasme, puisque un cap est toujours pourri par définition.

Fabrice : Passer un « cap facile » est tout bonnement impossible selon nous. Le débat est lancé. Voilà une loi de navigation qu’on doit révéler au monde entier. Au niveau d’un cap, c’est toujours pourri, la mer, et le vent qui se modifie. Les gens doivent savoir !

North Wales

Le départ vers le Nord est donné, nous naviguons toutes voiles dehors vers Morfa Nefyn chez les gallois, puis nous visons Holyhead. L’année passée nous avions déjà exploré Morfa Nefyn, et, pour tout dire, l’envie de remettre pied à terre en territoire connu ne nous enchantait pas. Surtout, il est important de préciser que nous sommes maudits : à chaque arrivée au pays de Galles, la navigation se passe sous un temps, dirons-nous, correct mais ! l’arrivée se fait systématiquement sous un grain qui ne dure que le temps du mouillage. Ainsi trempés, l’envie de se blottir au chaud se fait sentir (plutôt que de gonfler l’annexe en plein vent de face, sous la pluie…au soleil couchant).

Nous reprenons nos marques avec le gallois, qui est si facile à apprendre ! Ou alors c’est la pierre de Rosette locale ??

Holyhead

L’arrivée au port a été épique : impossible de joindre le yacht club (qui gère les amarrages) pour la simple et bonne raison que les yachts clubs ANGLAIS se distinguent en utilisant des fucking canaux radio VHF différents de tous les autres canaux du monde, en particulier le canal P (oui, vous avez bien lu). Et qui connait la fréquence du canal P ? Nobody knows ! Nous, on a que des chiffres pour les canaux bon sang ! Le téléphone fera bien l’affaire.

Arrivée à Holyhead sous un beau soleil…

Ainsi, nous débarquons sous un temps plutôt clément et un bel anticyclone à Holyhead, une île dans l’île (du Royaume uni), sur laquelle on trouve un phare magnifique (encore sur une autre île). Le port est régi par le club de voile local et il a tout d’un grand : accueil quatre étoiles, sourire, tarifs corrects, douches illimitées et gratuites, WIFI…Mais véritablement, deux éléments en font une destination exceptionnelle pour nous, petits frenchies : le bar du club de voile est fabuleux ET un bateau-taxi nous emmène du bateau au port gratuitement jusque tard le soir. Ainsi, le petit Nos Limites, sagement attaché à la bouée, profite de tous les avantages du port sans les inconvénients (ces saletés d’amarres qui grincent, sans parler des pare-battages, et parfois des voisins (qui grinchent aussi! 🙂 ).

Notre refuge pour deux nuitées 🙂 sous le soleil, pour de vrai cette fois-ci

Vient le moment de payer les nuitées et la dame du bureau nous demande la taille du bateau (en pieds évidemment, ils font rien comme tout le monde ceux-là avec leurs pieds qui mesurent 33 cm) :

Céline : 11,95 mètres !

Dame du port : Ca fait plutôt 39 pieds ou 40 pieds ?

Fabrice : presque 40

Dame du port : presque 39 serait moins cher !

Fabrice : Alors il mesure presque 39 pieds!

Sourire complice de la dame du port.

Un équipage français compare sans arrêt les paysages de sa terre natale à ceux qu’il découvre dans des destinations « exotiques ». Un des attraits de ces terres est la profondeur des paysages. Après une courte virée près du port, le chemin rétrécit à flanc de crête, avant de nous mener vers des prairies sans fin plongeant vers la mer, c’est fabuleux, et cela l’est davantage sous un soleil radieux.

Début de randonnée sous un temps radieux ! Plus que 7 km vers le phare !

Petit aparté : un anticyclone (au delà de 1013 hPa) est une zone méteo de haute pression, qui coïncide généralement avec un vent modéré, UN BEAU CIEL BLEU et un temps plus chaud. Et bien, il semble que cette règle ne s’applique pas dans la région. Il est vrai qu’avec notre superbe 1030 hPa, nous sommes passés de 6 à 15 degrés, de 30 à 22 noeuds de vent, et d’un ciel chargé à quelques étendues de ciel bleu (parfois). Rien à voir cependant avec le sud de La France et ses canicules atroces. N’oublions pas le brouillard qui se lève à midi, et qui, effectivement, nous permet de voir que le ciel était bien sans nuage ! Incroyable.

L’équipage a eu le plaisir de gambader en plein air jusqu’au phare, alignant vaillamment 14km. Finalement, le bateau n’est pas le moyen de transport le plus lent; nous aurions mis deux heures en bateau (contre 6 heures à pied). J’entends déjà les commentaires sur la (trop) longue durée mais : 1 – Céline a pris beaucoup trop de photos, 2- la pause déjeuner a duré très longtemps dans cette atmosphère contemplative et 3- qui va loin ménage sa monture 😀 !

Le dernier soir, le maître du port nous ramène au bateau. Dès qu’il nous aperçoit :

– Ah ! Le french boat !

Fabrice : sommes-nous le seul bateau français ?

Harbour Master : en effet ! (il nous quitte avec un « merci », « au revoir » et un grand sourire).

Nous nous apprêtons à quitter le port pour l’île de Man, notre prochaine destination vers le Nord.

Une réponse à « From Normandie to Norway : épisode 2. »

  1. Hello les amis
    C’est bien sympa d’avoir de vos nouvelles, vous avez l’air d’être en pleine forme sur vos photos. Vivement la suite de vos aventures.
    Je vous embrasse,
    Bisous
    Fred

    Envoyé à partir de Outlook pour Androidhttps://aka.ms/AAb9ysg

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