From Normandie to Norway : épisode 1.

Tu dois te demander, cher(e) lecteur(trice), ce que l’équipage du Nos Limites a bien pu faire depuis le mois d’octobre 2025. Désireux de remplir la caisse de bord et également d’améliorer encore le quotidien à bord pendant la morte saison, nous voilà de nouveau partis en Guyane, à Saint Laurent du Maroni. Cette ville est la définition même du Far West, et c’est en cela qu’elle est magnifique, pleine de vie et d’animation, de violente nature forestière, de torrents fabuleux…je m’égare. Elle est toujours une fabuleuse parenthèse de climat chaud et réconfortant à l’abri des rudesses de l’hiver européen, et surtout l’occasion de mettre à profit ces années d’études pour rendre service à la population; il faut bien travailler un peu, non mais !

Rappelle toi que lorsque nous sommes partis de Gruissan l’année passée, et malgré nos fabuleuses voiles toutes neuves, beaucoup de choses n’étaient pas encore au point. D’abord il y a eu la fameuse histoire du démarreur (ou de la batterie de démarrage, cela dépend du point de vue, soit du capitaine, soit de l’équipage !). Ensuite, évidemment, le moteur montrait une petite fuite de gazole qui s’est transformée en geyser à Lorient, 1000 miles plus loin, donc rien de catastrophique en soi. Et enfin, tout le reste. Parmi tout le reste, l’équipage englobe largement les multiples mini fuites d’eau à travers le pont que nous avons mis des jours à débusquer sous le crachin de Dublin ! Je ne vais donc pas faire un catalogue détaillé des améliorations mais je peux donner un bref aperçu. Assieds toi confortablement et ferme les yeux. Imagine le joli port de Granville, temps calme, un gros bruit de karcher tout contre ton oreille, la poussière délicate qui vient se caler jusque dans ton lit. Inspire profondément (on sent déjà l’odeur de la résine polyester) et pense au bruit que fait le cuivre quand on le coupe pour refaire tout le circuit de gaz. Tu sens ce crissement ? Sur ce dernier souffle, pense aux cinq mètres du tuyau de pompe de cale à changer, recouvert d’une matière bitumineuse indescriptible et probablement aussi ancienne que le bateau. Le ton est donné. A présent tu peux ouvrir les yeux et imaginer l’équipage frais et disponible (cependant très fatigué) quitter ce port et naviguer, toutes voiles dehors (avec un peu de moteur quand même) vers Saint Malo, notre première étape de la saison, et dernière en France avant un long moment.

Prêts à partir ! Enfin !!

Saint Malo, la cité corsaire

Charmant port que celui des Sablons. Fainéants par avance à l’idée d’attendre l’écluse du vieux port, notre navire se pose tranquillement dans la cité corsaire, une veille de jour férié, sous un ciel d’azur. Ce port, lieu de départ mythique des terre-neuvas et des explorateurs, fait rêver; il est un voyage à lui tout seul.

Le charmant port des Sablons.

Nous décidons de faire partie du flot de touristes ! En avant vers la vieille ville; et il est vrai qu’elle est de toute beauté. Le soleil pare les murailles de reflets perlés, la mer scintille comme une rivière de diamants et le nez du capitaine rougit tout doucement sous ces UV traîtres malgré le placard blanchâtre de crème solaire.

Fabrice qui subtilise les lunettes high tech de l’équipière pour profiter de la vue !

Crêpes, galettes, glaces, nous ferons même l’honneur à la ville de déguster une bière (bretonne of course !) dans le plus vieux café de saint malo qui date du début XIXème. Mais cet éphémère éblouissement a pourtant une fin. Pour preuve, une journée suffit amplement dans ce dédale pavé, entourés de gens de toutes origines, exceptés de purs malouins. Le bruit des valises à roulettes heurtant le pavé rappelle hélas la lourde présence des air BNB dans le coin…

C’est avec une déception qui nous déchire le coeur que nous apprenons la fermeture du musée des cap horniers jusqu’en 2028 ! Le lendemain matin, la météo semble absolument adéquate pour traverser la Manche, une belle occasion que nous ne devons pas manquer.

La traversée Saint Malo – Penzance

Comme on peut le voir ici, ST MALO PENZANCE c’est la traversée la plus longue possible entre les deux pays, challenge accepté ! 155 miles nautiques

Quel plaisir de quitter la terre pour un petit moment. La baie de Saint-Malo nous fait encore une fois l’honneur d’une météo absolument parfaite au départ. Vent de Nord Est, mer calme et petit air pour s’amariner en douceur. Toute la traversée de 150 nM va se faire sur un seul bord, sans accroc majeur. Quoique… Comme d’habitude les problèmes les plus agaçants surviennent en fin de quart, c’est à dire quand le premier est épuisé et le second encore en pleine torpeur !

Céline guette l’horizon, qui est calme, aucun navire en vue, les voiles font leur travail sans rechigner, et le vent est assez faible. D’un coup, la bôme d’artimon empanne (sans violence heureusement !), puis encore, et là, stupéfaction, le nos limites est passé de 6 noeuds de moyenne, à 0.4 noeuds, étrange.

Branle-bas de combat sur le pont, allumage des lampes, et, vous l’avez deviné, un joli filet dérivant avait stoppé net notre vaisseau, qui se débâtait avec le pilote pour tenter de garder le cap…Par un heureux coup du sort, ceci n’est pas arrivé dans le rail des cargos ! Ni une ni deux, nous affalons les voiles et mettons le pilote en veille. L’hélice ne tournant pas, nous sommes assez rassurés, même si quelques jurons sur les pêcheurs vont fuser pendant un long moment (en fait, un très long moment). L’ancre flottante mise à l’eau à ce moment là stabilise le bateau et permet au capitaine de plonger quelques secondes pour vérifier qu’aucun câble n’entrave plus la bonne marche du navire. C’est la Manche donc toutes les précautions sont prises, ceinture et bretelles : combinaison d’eau froide, ligne de vie fixée au plongeur, etc… Et c’est chose faite !

-Fabrice : il n’y a rien !

– Céline : Rien ? Rien du tout ?

– Fabrice : RIEN ! on arrête les conner***, on démarre et on file d’ici !

Soulagement immédiat, notre capitaine, ce héros, a sauvé la navigation :).

Je vous ferai grâce des détails du nourrissage des poissons par l’équipage (pas encore amariné) subissant la houle à l’arrêt pendant l’épisode. La route a pu être reprise sans encombre et finalement, bonne nouvelle, mauvaise nouvelle ? Ces deux heures perdues nous ont permis de passer le rail au lever du jour. Nous n’allons quand même pas nous plaindre :). Et soit doit en passant, les cargos, lorsqu’ils sont suffisamment loin, dévient leur cap de quelques degrés pour nous éviter de faire de même; de vrais gentlemen ces marins.

Côte des Cornouailles

La météo a décidé de nous bloquer (ou ne nous laisser profiter) quelques jours dans le sud Ouest de l’Angleterre. Or, il se trouve que l’année passée, notre agitation pour regagner la France nous avait défendu toute exploration de la zone. Quelle perte ç’eut-été ! Le paysage est splendide, des collines verdoyantes comme dans les films, plongeant directement dans la mer turquoise, et une faune riche et accessible.

Mullion Cove, premier contact de l’année avec la Grande Bretagne.

La population locale est très accueillante. Notre dinghy sera accepté sans discours et avec les honneurs dans le plus grand port de pêche d’Angleterre : Newlyn.

Atelier gonflage de dinghy, ça réchauffe par 20 noeuds de vent bien frais !

Ici, peu de plaisance, d’immense trawlers vident les mers à chaque instant (soyez prévenus tout de suite, nous n’allons pas être tendres avec les pêcheurs). De même, les poids lourds récupèrent le poisson directement sur les quais. Nous assistons à un fourmillement incessant, rompant avec l’isolation du mouillage (et oui, nous sommes seuls, l’Anglais est craintif et préfère les ports). Les navires de pêche sont immenses, nous avons rarement vu de pareils monstres; ils sont dotés de filets constitués de chaînes qu’ils trainent… tout est démesuré.

-Fabrice : Cette ville a l’air tranquille, on dirait qu’il n’y a pas vraiment de pubs pour boire une bière.

(Céline tapotant sur google maps, l’écran affiche plus de 15 pubs, soigneusement disséminés dans les ruelles…rires. Regard soulagé du capitaine).

Le restaurant Sky Mackerel nous offre de multiples produits frais de la mer, dans un cadre chaleureux et surtout délicieux. Qui a dit que les anglais ne savaient pas cuisiner ? Notre séjour à terre permet de se délier les jambes avec plaisir sur les quelques kilomètres de promenade entre Newlyn et Penzance. Nous sommes encore une fois marqués par le flegme tellement anglais, le calme et la bonne éducation de la population et leur habilité à s’émerveiller de l’éclat du soleil sur la mer, assis sur un banc, le sourire aux lèvres. Ils se sont même permis le luxe d’une piscine d’eau de mer chauffée à 35 degrés, que nous regardons avec envie, pensant au bain rapide en pleine Manche à 23h…dans une eau à 13 degrés ! Nous sommes à peine surpris de constater que la nourriture est moins chère qu’en France, de même que le gazole…C’est sous ce soleil estival que nous faisons le plein de cottage cheese (un fromage frais grumeleux irrésistible), de fruits et légumes, de lait frais anglais et de clotted cream (une crème ultra grasse qui garnit les fameux scones que nous cuisinons à bord, et donc le capitaine est lourdement dépendant parmi d’autres dépendances comme le chocolat).

Un mot quand même sur le Saint Michael’s Mount

Les Normands arrivés en Angleterre, il y a fort longtemps, ont construit un mont St Michel près de notre mouillage. Evidemment le point de vue d’un couple de Français est biaisé mais c’est une version miniature et un petit peu low cost de « notre mont St Michel », chauvinisme quand tu nous tiens. C’est peut être un argument de plus qui confirme l’origine Normande et non Bretonne du Mont St Michel ; je ne m’éternise pas sur ce point, je pourrais froisser certains marins. Toujours est-il que le coin « touristique » de Penzance est facile à trouver. Tout à coup, des magnets estampillés mont St Michel, des cartes postales colorées, des torchons aux couleurs de la ville, tout cela dans une ruelle attenante au parking pour le ferry. Puis, tout retombe et dans la rue suivante, retour sur les quais de pêche, pour notre plus grand plaisir.

Si l’on est obligés de l’entourer sur une photo pour le voir, tout est dit, rires !

Dans cette attente, le Nos Limites patiente sagement dans le mouillage de Penzance, attendant un vent favorable en direction de l’Ecosse, sa prochaine destination.

Une réponse à « From Normandie to Norway : épisode 1. »

  1. On retrouve avec plaisir le style et l’humour (français pas anglais…).

    Bonne continuation et on attend la suite avec impatience

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